Finances publiques : notre économie à l’épreuve !

Chaque année, la Banque Nationale de Belgique publie un rapport sur l’état de l’économie belge. Retour sur les principaux enseignements, forces et faiblesses de notre pays.

% de variation (sauf mention contraire)20192020202120222023
PIB en volume2.2-5.36.93.01.5
Consommation des ménages1.7-8.26.33.21.4
Investissements des entreprises5.6-5.54.71.16.3
Exportations nettes (contribution à la croissance)0.40.90.90.1-0.5
Inflation totale (IPCH)1.20.43.210.32.3
Emploi1.60.11.92.10.8
Taux de chômage (en % de la population active)5.45.66.35.65.6
Solde budgétaire (en % PIB)-2.0-8.9-5.4-3.5-4.2
Source : Rapport annuel 2023, Banque nationale de Belgique (BNB)

Enseignement n°1 : une économie résiliente sur le plan intérieur

La Belgique a affiché une croissance robuste malgré les perturbations économiques mondiales. Cette résilience est principalement attribuée à la vigueur de la demande intérieure, notamment à la consommation des ménages belges qui a surpassé les niveaux prépandémiques, maintenant une tendance à la hausse tout au long de l’année 2023. La baisse significative des prix de l’énergie a par ailleurs conduit à une réduction notable de l’inflation tandis que les investissements des entreprises ont été en forte hausse, offrant un soutien supplémentaire à l’économie.

Les marges bénéficiaires acquises par certaines entreprises ont joué un rôle crucial en agissant comme un amortisseur, permettant de contenir l’inflation des coûts et de poursuivre des investissements stratégiques.

Enseignement n°2 : notre compétitivité laisse à désirer

Cependant, d’autres aspects de l’économie belge s’avèrent préoccupants. Les investissements dans le secteur du logement ont ralenti, malgré son importance dans les programmes de relance économique. L’augmentation des coûts salariaux a également nui à la compétitivité-coût du pays, entraînant une perte de parts de marché à l’exportation par rapport à nos voisins européens.

Enseignement n°3 : la situation budgétaire toujours plus compliquée

La situation budgétaire a montré des signes de détérioration structurelle, avec des recettes fiscales en contraction et une tendance à la hausse des dépenses publiques. Les charges d’intérêts sur la dette publique ont augmenté pour la première fois depuis plusieurs décennies. Cette situation doit nous inquiéter.

Pierre Wunsch, Gouverneur de la BNB, souligne la nécessité de changer la trajectoire des finances publiques, avertissant que « à un moment donné, on va avoir une part des dépenses publiques dans le PIB intenable et incompatible avec une économie de marché ».

Les dernières projections du Bureau du Plan confirment ces inquiétudes, avec un déficit public estimé à 4,6% du PIB en 2024 (le déficit augmenterait progressivement et dépasserait les 5% après 2025) et une dette publique projetée à 116,8% du PIB d’ici 2029, si aucune mesure corrective n’est entreprise.

La Belgique et ses entités fédérées ont encore aujourd’hui la nécessaire crédibilité sur le marché financier pour continuer à lever des capitaux. Cette situation risque de ne pas durer. Fin mars, soit quelques jours après la publication du rapport annuel de la BB, Standard & Poor’s a dégradé la note de la Région bruxelloise (A+ contre AA- auparavant) en raison d’un ratio d’endettement trop important. La tâche des prochains gouvernements sera donc particulièrement ardue. Des économies supplémentaires seront nécessaires, de même que la révision des investissements stratégiques et la recherche de recettes nouvelles.

Des réformes macro-économiques sont nécessaires

Dans ce contexte, des réformes macroéconomiques inévitables sont nécessaires sur trois fronts majeurs : l’emploi, l’assainissement des finances publiques et la productivité. La Wallonie et Bruxelles doivent intensifier leurs efforts pour augmenter leur taux d’emploi, tandis que la Belgique dans son ensemble doit réduire son déficit budgétaire pour se conformer aux règles européennes et restaurer sa crédibilité sur les marchés financiers. La Belgique va vraisemblablement se retrouver en procédure de déficit excessif. Ce n’est pas anodin. De plus, des mesures visant à stimuler la productivité sont nécessaires pour renforcer la compétitivité de l’économie belge, UCM fait des propositions dans son Mémorandum 2024-2029.

Alors que les débats politiques s’intensifient, il est impératif que les futurs gouvernements se concentrent sur ces défis économiques majeurs. Les priorités devront être établies pour aborder les phénomènes perturbateurs tels que le manque de progrès technique, le vieillissement de la population, les inégalités croissantes et la désindustrialisation. La Belgique doit naviguer avec prudence dans ces eaux économiques incertaines, en adoptant des politiques qui garantissent un avenir durable pour ses citoyens et ses entreprises.

Caroline Cleppert

Caroline Cleppert

Directrice services d'études UCM.

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