Rénovation énergétique en Wallonie : entre ambitions nécessaires et vigilance

La Wallonie se dote enfin d’une feuille de route claire pour la rénovation de son bâti. Le gouvernement wallon a validé un vaste paquet de réformes qui entrera en vigueur en octobre 2026. Si UCM salue la fin de l’incertitude et la fixation d’un cap précis, elle reste vigilante sur la mise en œuvre concrète. L’attente a été longue, mais les lignes bougent enfin.  

La fin de l’incertitude pour des milliers de PME

Le gouvernement wallon a approuvé ce jeudi son nouveau régime global de soutien à la rénovation. L’objectif est clair : aligner la Région sur les objectifs européens de la Directive PEB IV tout en tenant compte des réalités de notre parc immobilier vieillissant. 

Si nous accueillons favorablement la structuration de cette politique, nous soulevons plusieurs points de vigilance pour garantir sa réussite. 

Bonnes nouvelles : obligations de rénovation et fin du mazout 

Deux piliers majeurs de cette réforme constituent des avancées indéniables pour la clarté du marché : 

  1. L’instauration d’obligations de rénovation pour les particuliers : c’est une révolution pour la politique régionale. 
    • Pour les acheteurs : Dès 2028, tout acquéreur d’un bien disposera de 5 ans pour atteindre le label PEB D. L’exigence montera progressivement (PEB C en 2031, B en 2036, A en 2041). 
    • Pour les propriétaires actuels : des échéances sont fixées pour éliminer les passoires énergétiques (PEB F interdit en 2031, E en 2036). Cette prévisibilité est essentielle : elle permet d’intégrer le coût des travaux dans le prix d’achat, restaurant une forme de vérité économique sur le marché immobilier. 
    • Portée : les orientations politiques visent l’ensemble du parc résidentiel et tertiaire. Les modalités juridiques précises (dates, périmètre, exceptions) devront toutefois être formalisées par décret/AGW. 
  1. La sortie programmée du mazout : le calendrier est désormais fixé. 
    • 2026 : interdiction d’installer une chaudière mazout/charbon dans les bâtiments neufs. 
    • 2031 : interdiction totale de remplacer une ancienne chaudière par une nouvelle au mazout, quel que soit le bâtiment. C’est un signal fort pour la transition, même si les délais (2031, c’est demain !) exigeront une adaptation rapide de la filière.

Du « tout à la prime » vers le financement global 

Dès le 1er octobre 2026, le système actuel de primes disparaîtra au profit de deux mécanismes de prêts : 

  • Le Rénoprêt : un prêt à taux réduit selon les revenus. 
  • Le Rénopack pour les ménages à plus faible revenus : un prêt à taux zéro incluant une partie subsidiée (réduction du montant à rembourser). 

L’idée est de financer l’investissement global plutôt que d’octroyer des aides poste par poste. Dans un contexte budgétaire contraint, définir les primes comme filet social plutôt que simple incitatif peut se défendre, à condition que les enveloppes annuelles soient suffisantes et que le calendrier des obligations soit réellement tenu par les futurs gouvernements.  

Point de vigilance UCM : l’architecture fondée principalement sur des prêts comporte un risque d’attentisme et, à l’approche des échéances, de glissement du calendrier. Pour que le signal soit crédible et l’investissement au rendez-vous, l’exécution devra être rigoureuse et les dispositifs d’accompagnement renforcés. 

Point de vigilance UCM : le marché locatif, levier climatique et économique 

Si la réforme est ambitieuse, l’abandon d’obligations anticipées pour les logements mis en location risque de compromettre l’atteinte des objectifs climatiques et de rénovation. Sans exigences spécifiques pour le parc locatif, une part importante des travaux pourrait être différée, réduisant d’autant l’activité pour le secteur de la construction. Les locataires, souvent sans levier direct sur les investissements, resteraient exposés à des coûts énergétiques élevés. 

Pour UCM, la réussite de la transition énergétique passe par l’équité ET l’efficacité : ne pas activer le levier locatif, c’est se priver d’un accélérateur majeur pour atteindre les objectifs climatiques et d’une réelle opportunités économiques pour les entreprises du bâtiment. 

Le secteur de la construction dans les starting-blocks, mais… 

Cette réforme est intimement liée à la capacité du secteur de la construction à suivre la cadence. Comme le souligne Embuild Wallonie, le secteur salue ce « cap clair » qui offre enfin de la visibilité. Cependant, l’inquiétude grandit quant aux modalités pratiques. 

À quelques mois de l’échéance (octobre 2026), des questions cruciales demeurent : 

  • Quels seront les critères exacts d’accessibilité aux Rénopacks et Rénoprêts ?  
  • Quel sera le montant des enveloppes ?  

De plus, le défi de la main-d’œuvre est colossal. Pour atteindre les objectifs de PEB A en 2050, le rythme de rénovation doit exploser (20 logements par heure jusqu’en 2050 !). Or, le secteur cherche encore entre 5 000 et 6 000 travailleurs aujourd’hui. Sans un soutien massif à la formation et une clarification rapide des détails techniques (« du concret ! »), les délais risquent d’être intenables. 

L’analyse de la consultation souligne d’ailleurs que la capacité du secteur à absorber la demande est un risque majeur. Sans un plan massif de formation et de valorisation des métiers techniques, les échéances de 2028 et 2031 resteront théoriques. 

En conclusion 

UCM soutient les objectifs climatiques et de rénovation fixés dans le cadre du Green Deal. Cependant, l’heure est désormais à l’implémentation. Les obligations resteront inopérantes sans un dispositif d’accompagnement robuste et un financement adapté à tous les publics. L’idée de « guichets uniques » pour accompagner le citoyen est excellente sur le papier ; tout se jouera dans l’exécution.  

Nous continuerons de veiller à ce que les textes d’application garantissent une transition réaliste pour les propriétaires, soutenable pour les entreprises du secteur, et juste pour les occupants. 

L'auteur.e de cet article

Silvia Dogà
Conseillère Service d’Etudes et Plaidoyer, je me passionne pour la transition durable des entreprises. Mon objectif est de promouvoir des pratiques durables, remonter les besoins des entreprises au politique et défendre les intérêts des entrepreneurs. La responsabilité sociale des entreprises (RSE) et les critères ESG sont au cœur de mon engagement.
Silvia Dogà

Silvia Dogà

Conseillère Service d’Etudes et Plaidoyer, je me passionne pour la transition durable des entreprises. Mon objectif est de promouvoir des pratiques durables, remonter les besoins des entreprises au politique et défendre les intérêts des entrepreneurs. La responsabilité sociale des entreprises (RSE) et les critères ESG sont au cœur de mon engagement.

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