Soldes d’hiver : un pilier du commerce local

Les soldes restent un des temps forts les plus importants pour le commerce indépendant. Elles génèrent du trafic dans les magasins, soutiennent les ventes, permettent de vider les stocks et d’ouvrir une nouvelle saison dans de bonnes conditions. Mais derrière ce rendez‑vous commercial bien ancré, un débat complexe : évolution du marché, multiplication des promotions, pression du e‑commerce… et remise en question régulière du cadre légal. Faisons le point.

Janvier 2026 : bilan positif

Sur base de l’enquête que nous menons à l’issue de chaque période de soldes, deux commerçants sur trois sortent satisfaits des soldes d’hiver 2026. Ce cru 2026 a surtout été l’occasion de confirmer une autre réalité des soldes : les facteurs externes (les grèves, la neige, l’accessibilité) ont un impact important sur l’affluence dans les artères commerciales des villes. Les commerçants le savent et c’est donc malgré toutes ces perturbations connues en janvier qu’ils s’expriment. Comme un air de : « ça aurait pu être pire »…

Parmi les réponses des commerçants, un autre message : ils sont nombreux à exprimer de la lassitude face à la multiplication des réductions tout au long de l’année et aux pratiques agressives des plateformes d’e-commerce.

Les soldes : un cadre légal pensé pour protéger les commerçants

En Belgique, la réglementation des soldes repose sur un principe central : l’interdiction de la vente à perte. Cette interdiction n’existe que dans un seul objectif : protéger les commerçants indépendants d’une guerre des prix et éviter le dumping commercial contre lequel ils ne pourront rivaliser.

Les soldes de janvier constituent donc une autorisation temporaire, fixée par la loi, de vendre à perte, afin de permettre à tous les commerçants, grands et petits, d’écouler les stocks après les fêtes.

Et cette protection fonctionne. Dans les pays où elle a été supprimée, comme aux Pays‑Bas, on constate que de nombreux détaillants ont disparu : impossible pour eux de rivaliser avec des enseignes capables d’absorber des pertes régionales pour gagner des parts de marché ailleurs. C’est précisément pour éviter ces dérives que le législateur a conçu la réglementation actuelle : les soldes sont donc plus qu’un rendez‑vous commercial, elles sont un outil de stabilité économique pour des milliers d’indépendants.

L’avis des commerçants

Les commerçants actifs dans les secteurs qui pratiquent des soldes ont tous leur avis sur les périodes de soldes. Le sujet est sensible. Aussi parce que le contexte est compliqué pour le commerce. Explosion des coûts, concurrence des plateformes chinoises, évolutions des habitudes des consommateurs, accessibilité des villes…

Si bien que certains responsables politiques sont tentés de voir dans une évolution de l’interdiction de la vente à perte, et donc des soldes, une solution « magique » aux difficultés que traverse le commerce de détail indépendant. L’accord de gouvernement prévoit d’ailleurs que : « Nous évaluons, en concertation avec le secteur, l’interdiction actuelle de la vente à perte et étudions les mesures à prendre pour mieux poursuivre les objectifs de la loi. »

Et tous les 6 mois, les mêmes discussions sur les volumes de vente, l’impact des conditions météo, la période, la multiplication des autres périodes de réduction, la concurrence en ligne, etc. reviennent.

S’il y a autant d’avis sur les soldes que de commerçants, il y a quand même une constante : le principe de l’interdiction de vente à perte et une période limitée de soldes doit être maintenu.  

Rendez-vous en ville

Malgré l’évolution des habitudes d’achat et la montée en puissance du commerce en ligne, les soldes demeurent profondément ancrées dans les comportements des consommateurs belges. Elles restent un rituel collectif important, un momentum de la vie commerciale où on “va en ville”, où les familles se promènent, comparent, découvrent les nouvelles collections tout en faisant des bonnes affaires. Pour les centres‑villes, les soldes génèrent une affluence renforcée et ont un impact positif sur l’ensemble de l’écosystème local : commerce indépendant mais aussi les plus grands magasins, l’Horeca… c’est tout le tissu urbain et péri-urbain qui en profite. Au‑delà de l’acte d’achat, les soldes restent donc un rendez‑vous social et économique, contribuant à la vitalité des centres urbains et au maintien d’une vie commerciale de proximité.

On en discute ?

Sur tous les sujets, UCM est ouvert à la discussion. Alors pourquoi pas parler de l’organisation des soldes, du calendrier. Nous échangeons d’ailleurs régulièrement sur le sujet avec nos collègues d’UNIZO (notamment via sa fédération ModeUnie) mais aussi avec COMEOS. Nous entendons les avis divergents et comprenons les réalités propres à chaque secteur. Cependant à ce stade, nous ne voyons aucune raison convaincante de remettre en cause le principe des soldes ni la protection essentielle qu’offre l’interdiction de la vente à perte.

Depuis des décennies, le mécanisme des soldes fonctionne. Certes, parfois moins bien en raison d’un contexte économique difficile, de la météo, des grèves et d’une pression promotionnelle permanente, mais cela ne signifie pas qu’il ne fonctionne plus. Introduire une certaine souplesse peut être envisagé, mais nous nous opposerons à tout proposition qui viendrait fragiliser l’architecture qui protège les indépendants contre le dumping commercial.

Si l’on souhaite réellement redonner de l’air aux commerçants, les priorités sont ailleurs :

rétablir des conditions de concurrence loyale en renforçant la lutte contre l’importation de produits illégaux et les pratiques déloyales de certains acteurs étrangers et plateformes ;

soutenir les investissements des commerçants dans la digitalisation et la diversification ;

et améliorer durablement la rentabilité du commerce local et indépendant en travaillant sur les coûts, améliorer la planification territoriale.

C’est sur ces leviers que se joue l’avenir du commerce.

Olivier Vandenabeele

Olivier Vandenabeele

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