Taxer l’outil de travail en Wallonie : mauvais signal pour les PME

À partir de 2026, la Wallonie supprime l’exonération du précompte immobilier sur le matériel et l’outillage et permet le retour de la taxe communale sur la force motrice. Derrière ce qui peut sembler être une réforme technique se cache en réalité un changement profond : on recommence à taxer l’outil de travail des entreprises.

Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit pas d’une mesure touchant uniquement quelques grandes industries. Toute PME, tout indépendant disposant d’équipements professionnels fixés durablement à son bâtiment peut être concerné.

Dans une économie où les PME représentent 98 % du tissu économique national, le signal est préoccupant.

Ce qui change concrètement à partir de 2026

Depuis 2005, la Wallonie avait fait un choix stratégique : ne pas soumettre le matériel et l’outillage au précompte immobilier, même lorsqu’ils pouvaient être considérés juridiquement comme des « immeubles par destination ».

En clair, les machines et installations techniques fixées durablement au sol/bâtiment, et indispensables à l’activité de l’entreprise n’étaient pas taxées comme des bâtiments.

À partir de 2026 :

  • les investissements réalisés entre 2006 et 2020 seront à nouveau pleinement taxés ;
  • les investissements réalisés à partir de 2021 ne seront exonérés que pour une période de cinq ans ;
  • les communes pourront réactiver la taxe sur la force motrice, basée notamment sur la puissance installée.

On taxe donc à la fois l’investissement et la capacité productive.

Tous les secteurs peuvent être impactés

Il serait réducteur de penser que seuls les secteurs industriels sont concernés par ces taxes.

Oui, les entreprises de production — métal, bois, agroalimentaire, recyclage, imprimerie — seront directement touchées en raison de leurs lignes de production et installations lourdes.

Mais l’impact dépasse largement ce périmètre :

  • L’agriculture peut être concernée via des installations de traite ou des systèmes automatisés.
  • L’Horeca via des chambres froides industrielles, des fours professionnels ou des installations techniques fixées au sol.
  • Le commerce via certaines installations spécifiques.
  • La logistique, les data centers, des cabinets médicaux équipés de matériel lourd, des laboratoires, des studios spécialisés, ou encore certaines professions techniques peuvent également entrer dans le champ.
  • Même des entreprises de services peuvent être impactées si elles disposent d’installations techniques essentielles et intégrées au bâtiment.

En réalité, dès qu’un équipement est indispensable à l’activité, fixé durablement et techniquement intégré à l’exploitation, il peut être concerné. Il s’agit donc d’un changement structurel susceptible d’affecter une large partie du tissu économique wallon.

Une mesure rétroactive qui déstabilise

Un point sensible concerne les investissements réalisés entre 2006 et 2020. Ces équipements ont été acquis dans un cadre fiscal stable. Ils ont été financés, amortis et intégrés dans des modèles économiques en tenant compte d’une exonération durable.

Aujourd’hui, cette règle disparaît.

Prenons un exemple simple : un restaurateur investit en 2015 dans une cuisine professionnelle complète et fixée au sol. À l’époque, aucun précompte immobilier n’était dû sur ces installations. En 2026, ces équipements peuvent générer une taxation annuelle supplémentaire.

Il ne s’agit pas d’un nouvel investissement.
Il ne s’agit pas d’un accroissement d’activité.
Il s’agit d’une nouvelle charge fixe sur une décision passée.

Une incohérence avec les ambitions économiques régionales

Le gouvernement wallon affiche parallèlement une volonté de renforcer le tissu productif, d’encourager l’investissement et de soutenir la relocalisation d’activités. Mais augmenter la fiscalité sur les équipements indispensables à l’exploitation va dans le sens inverse.

Que l’on parle d’industrie, d’agriculture, de commerce ou de services spécialisés, toute activité moderne repose sur des outils techniques performants. Les taxer davantage a pour conséquences d’augmenter le coût d’exploitation.

On ne peut pas appeler à investir davantage en Wallonie tout en augmentant les charges structurelles liées à ces investissements.

Un impact direct sur les décisions futures

Chaque entrepreneur raisonne en coût global. Si une machine, une installation ou un équipement technique devient taxable après cinq ans, cela modifie le calcul de rentabilité.

Un indépendant qui souhaite moderniser son atelier, automatiser une partie de son activité ou améliorer son efficacité énergétique devra désormais intégrer une charge fiscale récurrente supplémentaire.

Dans un contexte déjà marqué par la hausse des coûts énergétiques, la pression salariale et l’incertitude économique, ajouter une nouvelle charge fixe structurelle pèse lourdement dans la décision d’investir.

UCM sera ferme

UCM comprend la nécessité d’un effort global dans un contexte difficile. Cependant nous défendons une fiscalité cohérente, prévisible et compatible avec l’investissement productif.

La suppression de l’exonération du précompte immobilier sur le matériel et l’outillage, combinée au retour de la taxe sur la force motrice, constitue un signal négatif pour l’ensemble des secteurs économiques.

C’est pourquoi nous avons récemment lancé une enquête auprès de nos clients et membres afin de mesurer concrètement l’impact financier de ces taxes sur le terrain.

Notre objectif est clair : chiffrer précisément les hausses de charges, documenter les situations sectorielles et porter ces éléments factuels auprès du gouvernement wallon.

Si l’ambition est réellement de renforcer le tissu entrepreneurial wallon, les décisions fiscales doivent être cohérentes avec cet objectif. Encourager l’investissement suppose de ne pas pénaliser ceux qui produisent, innovent et créent de l’emploi.

Sébastien Splingard

Sébastien Splingard

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