Indexation plafonnée : modération temporaire, cotisation définitive

Le « centenindex » (indexation plafonnée) vise à freiner temporairement la hausse des salaires les plus élevés. Mais derrière cette modération se cache un risque majeur : l’instauration d’une cotisation patronale structurelle et définitive. UCM veille. Explications.

Dans la Belgique médiatique, l’indexation des salaires est souvent présentée comme un mécanisme neutre, presque naturel, qui s’impose à tous de la même manière. Dans la réalité quotidienne d’un employeur de PME, l’indexation est d’abord — et très concrètement — un coût salarial.

L’indexation : une hausse immédiate de la masse salariale

Qu’elle serve à maintenir le pouvoir d’achat ne change rien à cette réalité économique de base : chaque pourcent d’indexation se traduit par une hausse immédiate et obligatoire de la masse salariale. À la différence d’une augmentation négociée, cette hausse n’est ni modulable ni reportable, et elle s’ajoute à l’ensemble des autres charges et coûts de fonctionnement.

Au fil des années et des chocs successifs, les PME ont dû intégrer ce mécanisme. Mais le contexte a profondément changé : situation géopolitique plus que tendue, inflation élevée, explosion des coûts énergétiques, pénurie de main‑d’œuvre, hausse des matières premières et pression concurrentielle. Le coût du travail est devenu l’un des principaux facteurs de fragilisation des petites entreprises (avec l’énergie), en particulier pour celles qui disposent de moins de marges de manœuvre financières.

C’est dans ce cadre qu’apparaît la mesure dite du centenindex, intégrée dans l’accord budgétaire de fin novembre 2025 : une réponse présentée comme temporaire, mais dont certaines conséquences pourraient, elles, s’inscrire dans la durée.

Le centenindex, qu’est-ce que c’est ?

Derrière ce terme technocratique se cache une idée relativement simple : Limiter temporairement l’indexation des salaires les plus élevés.

  • Jusqu’à 4.000 euros bruts mensuels, rien ne change : l’indexation reste complète et suit les règles habituelles.
  • Au‑delà de ce seuil, l’augmentation est plafonnée : autrement dit, l’indexation ne s’applique plus proportionnellement au salaire réel, mais se limite à un montant maximal déterminé par le mécanisme. Concrètement, à deux reprises, que le salaire soit de 4.001 ou de 9.999 euros bruts mensuels, l’indexation sera la même, ce qui réduit la progression des rémunérations concernées et freine mécaniquement la hausse de la masse salariale pour l’employeur.

Il faut être clair : ce n’est pas une attaque contre les travailleurs, ni une remise en cause du principe même de l’indexation. Il s’agit d’une tentative de modération ciblée du coût salarial, à un moment où beaucoup de PME sont sous pression et où la visibilité économique reste faible.

Pour une petite entreprise, freiner temporairement la hausse automatique des rémunérations les plus élevées peut faire la différence entre maintenir un emploi, préserver la trésorerie, investir (digitalisation, transition énergétique, formation) ou renoncer à ses projets. Dit autrement, l’objectif affiché est de donner un peu d’oxygène, sans toucher aux bas et moyens salaires, tout en concentrant l’effort sur une tranche limitée de rémunérations.

Le point de bascule, les cotisations : la modération … modérée

Le centenindex ne se limite pas à une adaptation temporaire de l’indexation. Il s’accompagne de cotisations patronales supplémentaires, dites de modération salariale. L’État considère que l’employeur « bénéficie » de cette forme de plafonnement, comparable à un saut d’index partiel sur une partie des salaires.

Dans une logique budgétaire, il entend donc capter 50% de ce « gain » via une cotisation. D’abord, parler de “gain” est discutable pour beaucoup de PME, car l’entreprise ne touche pas un avantage : elle limite simplement une augmentation automatique qu’elle n’a pas décidée. Mais le vrai problème est ailleurs : au-delà de la charge immédiate, c’est la logique même de rendre une partie de ces prélèvements pérennes qui inquiète le terrain.

Le point de rupture : la cotisation définitive

Le vrai problème, c’est qu’une partie de ces cotisations est appelée à devenir définitive. Autrement dit, même lorsque le saut d’index aura été oublié depuis longtemps et que l’effet du plafonnement aura disparu, la cotisation patronale, elle, resterait.

On ne parle donc plus d’une mesure temporaire destinée à traverser un pic d’inflation, mais bien d’une charge structurelle supplémentaire sur le travail. Pour les PME, qui font déjà face à une accumulation de hausses de coûts, cela revient à alourdir durablement le prix de l’emploi, sans lien avec une augmentation réelle des salaires ni avec une amélioration de la productivité.

Pour UCM, c’est majeur ! Tolérer un effort ponctuel dans une situation exceptionnelle est une chose : les entreprises peuvent comprendre qu’en période de crise, des mécanismes spécifiques soient activés. Endurer durablement une hausse du coût du travail en est une autre, surtout lorsqu’elle se transforme en prélèvement permanent et imprévisible.

Une cotisation définitive brouille le message de “mesure temporaire” et crée un précédent : celui d’un dispositif exceptionnel qui, une fois instauré, ne disparaît plus. Pour les PME, c’est précisément ce risque de « temporaires qui deviennent définitifs » qu’il faut éviter.

La concertation sociale comme caisse de résonnance

Au sein du Conseil central de l’économie et du Conseil national du travail, UCM fait partie des voix qui comptent. Nous avons mobilisé ces lieux de concertation pour faire passer un message simple : si une modération temporaire peut se discuter, une cotisation patronale appelée à durer ne peut pas être acceptée sans débat approfondi, transparence et garanties.

Les syndicats n’ont pas voulu nous suivre sur ce point. L’avis est donc divisé entre organisations patronales et syndicales. Ce qui n’empêche pas, côté employeurs, une ligne particulièrement claire sur le caractère problématique d’une charge structurelle supplémentaire.

Nous avons un avis unanime côté patronal pour dire tout le mal que nous pensons de cette cotisation définitive. D’autant que nous n’avons, à ce stade, aucun détail sur son contenu exact, ses modalités de calcul, son éventuelle progressivité, ni même son calendrier. On nous l’annonce sous la forme d’un Arrêté Royal dont nous ne savons rien : c’est un chat dans un sac ! Or, pour une PME, l’incertitude réglementaire est déjà un coût en soi : elle empêche de planifier, d’engager, d’investir et de négocier sereinement. Sur ce point, UCM demandera des clarifications et des garanties, ainsi qu’une limitation stricte dans le temps.

Conclusion

Le Gouvernement fédéral espère gagner près de 900 millions d’euros « grâce à » cette mesure. Il sera donc difficile de lui faire changer d’avis sur l’ensemble du dispositif. Néanmoins, ce gouvernement s’est engagé à ne pas être celui qui augmentera les coûts salariaux : c’est un engagement politique fort, et nous allons nous employer à le lui rappeler.

Pour UCM, la ligne est cohérente : une modération réellement temporaire peut être discutée dans un contexte exceptionnel, mais l’introduction d’une cotisation patronale définitive est inacceptable. Nous défendrons donc une approche qui protège l’emploi dans les PME, rétablit de la prévisibilité et évite qu’une mesure de crise ne se transforme en charge permanente.

Matthieu DEWEVRE

Matthieu DEWEVRE

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