Protéger l’entreprise, c’est aussi protéger le conjoint et la famille

Maladie, burn-out, accident, séparation, décès d’un proche… Aucun entrepreneur n’est à l’abri d’un accident de la vie. Pourtant, ces épreuves restent rarement intégrées dans la gestion des PME. Au travers des témoignages recueillis au B Garden de BforB et des réflexions sur la place du conjoint dans l’entreprise, une idée s’impose : anticiper les moments difficiles grâce à une gouvernance adaptée n’est pas une contrainte administrative. C’est un moyen de protéger l’entreprise, mais aussi les personnes qui la font vivre, afin de traverser les turbulences et préparer le rebond. UCM et BforB y travaillent.

Jeudi 3 septembre se tenait à Sart-les-Spa le premier B Garden de BforB. Une petite centaine d’entrepreneurs et entrepreneures et leurs conjoints s’y était donné rendez-vous. Par réseauter, et pour réfléchir aux liens entre la gouvernance, la préparation aux turbulences et la prévention des impacts sur le couple et la famille proche.

72% des indépendants ont déjà connu un accident de vie

Un accident de la vie ne prévient jamais. Une maladie, un épuisement professionnel, un accident, une séparation ou le décès d’un proche peuvent, du jour au lendemain, fragiliser l’équilibre d’une entreprise. Pourtant, dans de nombreuses PME, ces situations restent peu abordées tant que tout va bien.

C’est un paradoxe. Les entrepreneurs gèrent les risques financiers, commerciaux ou juridiques avec rigueur. Mais ils préparent rarement l’impact que pourrait avoir une épreuve personnelle sur leur activité.

Or, lorsque la vie frappe, elle ne touche pas uniquement le dirigeant. Elle touche aussi l’entreprise, les collaborateurs, les clients, la famille et très souvent le conjoint. Au moment des turbulences, c’est d’abord le conjoint, le compagnon, la compagne, qui sont mobilisés et appelés à la rescousse.

Le conjoint, cet acteur essentiel mais souvent invisible

Dans de nombreuses PME, le conjoint occupe une place particulière. Il n’apparaît pas toujours dans l’organigramme, ne participe pas nécessairement aux décisions et ne détient parfois aucune fonction officielle.

Pourtant, il constitue souvent le premier soutien du dirigeant.

C’est lui qui entend les doutes, partage les inquiétudes, accompagne les périodes de tension et absorbe parfois une partie des conséquences des difficultés rencontrées par l’entreprise.

Lorsque survient une crise, l’absence d’anticipation peut alors fragiliser simultanément la PME et le couple. À l’inverse, prévoir certaines situations, clarifier les responsabilités, identifier les relais possibles ou ouvrir le dialogue en amont permet souvent de réduire considérablement les conséquences humaines et économiques.

La gouvernance prend alors une autre dimension. Elle ne consiste plus seulement à organiser l’entreprise. Elle devient un outil de protection.

Une réalité largement partagée par les entrepreneurs

Cette réflexion a trouvé un écho particulier lors du récent B Garden organisé à Sart-lez-Spa.

Quatre entrepreneurs et entrepreneures sont venus témoignés de situations difficiles, parfois dramatiques vécues dans leur famille et dans leur entreprise, liées tantôt à un burn-out, une maladie et même le décès du conjoint. Beaucoup d’émotion. Et beaucoup d’enseignements.

Au fil des échanges et des réflexions aussi amenées par Serge Lejeune (BforB) et par Lila Maas (One/Groupe Cesi) , un même constat est revenu : l’immense majorité des entrepreneurs sera confrontée un jour ou l’autre à une épreuve susceptible de mettre son activité sous pression. Et sa famille aussi sous haute pression.

Le sujet est loin d’être marginal. Une étude menée dans le cadre des travaux communs entre UCM et BforB montre que 73 % des dirigeants ont déjà été confrontés à un accident de la vie au cours de leur parcours entrepreneurial.

Derrière ce chiffre se cachent des centaines de situations différentes. Mais un enseignement commun s’en dégage : les entreprises qui traversent le mieux ces épreuves sont souvent celles qui avaient réfléchi à l’avance à la continuité de leurs activités et à l’organisation de leur gouvernance.

Faire émerger une culture de l’anticipation

C’est précisément l’ambition du partenariat entre UCM et BforB, comme nous l’avons rappelé Anne-Sophie Snyers et moi-même.

Les deux organisations partagent une même conviction : les accidents de la vie ne doivent plus être considérés comme des événements exceptionnels auxquels on réagit dans l’urgence. Ils doivent devenir un sujet de prévention à part entière. Nos deux organisations ont d’ailleurs choisi d’inscrire leur collaboration dans une logique fondée sur l’anticipation, l’accompagnement et le rebond.

L’enjeu dépasse largement la seule survie de l’entreprise.

Il s’agit aussi de préserver le dirigeant, son entourage, ses collaborateurs et la valeur construite parfois pendant toute une vie professionnelle. Il s’agit de développer une nouvelle culture entrepreneuriale où la robustesse ne se mesure pas seulement à la performance économique, mais également à la capacité de traverser les imprévus.

Anticiper n’est pas être pessimiste

La gouvernance est souvent perçue comme une affaire de règles, de procédures ou de structures. Elle est en réalité beaucoup plus simple que cela. Bien gouverner, c’est accepter de se poser aujourd’hui les questions que l’on n’aura plus le temps de se poser demain.

  • Qui peut prendre le relais en cas d’absence prolongée ?
  • Quels sont les savoirs critiques à transmettre ?
  • Comment protéger au mieux l’activité ?
  • Quel rôle les proches peuvent-ils jouer ?
  • Comment préparer le rebond ?

Autant de questions qui ne relèvent pas du pessimisme. Elles relèvent de la responsabilité.

Parce qu’au fond, la meilleure définition de la gouvernance est peut-être celle-ci : prendre soin aujourd’hui de l’entreprise, du dirigeant et de ses proches pour qu’aucun accident de la vie ne puisse tout emporter demain.

L'auteur.e de cet article

Renaud FRANCART
La sécurité sociale des travailleurs indépendants reste un levier important pour développer l'entreprenariat. J'écris ici, avec le Service d'Etudes, pour défendre les intérêts des indépendants en matière de pensions, de droit passerelle, d'assurance maladie-invalidité,... N'hésitez pas à réagir et à commenter.
Renaud FRANCART

Renaud FRANCART

La sécurité sociale des travailleurs indépendants reste un levier important pour développer l'entreprenariat. J'écris ici, avec le Service d'Etudes, pour défendre les intérêts des indépendants en matière de pensions, de droit passerelle, d'assurance maladie-invalidité,... N'hésitez pas à réagir et à commenter.

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