La santé mentale des entrepreneurs, cocktail explosif

Audition Renaud Francart UCM du 30 juin au Parlement wallon (commission santé) à propos de la santé mentale des entrepreneurs, indépendants et dirigeants de PME

Votre santé, et votre bien-être, c’est aussi une question de relations humaines et d’enjeu économique. UCM était invité à en débattre ce 30 juin au Parlement Wallon. L’occasion de mettre en avant les spécificités de l’entreprenariat : un équilibre assez costaud entre énormément de stress et à la fois beaucoup d’ambition et de satisfaction. Et souvent trop peu de temps pour anticiper les accidents de santé et pour prendre soin de soi. Cocktail grisant, mais explosif aussi.

Le 30 juin dernier, nous avons a été auditionnés au nom d’UCM par la Commission Santé du Parlement wallon. Au fil des échanges avec des députés particulièrement attentifs aux réalités de terrain, nous avons pu mettre en lumière une évidence : la santé mentale des entrepreneurs mérite une véritable place dans les politiques publiques.

Un actif sur cinq, mais une réalité encore trop peu connue

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La Belgique compte aujourd’hui près de 1,3 million d’indépendants. Vous êtes environ 360.000 en Wallonie. Cela représente un actif sur cinq.

Pourtant, votre réalité reste largement méconnue. Nos études montrent que :

  • 56 % des indépendants travaillent plus de 50 heures par semaine
  • 60 % vivent des journées très stressantes
  • 49 % déclarent mal dormir
  • seuls 47 % estiment être en bonne santé mentale.

Ces chiffres ont alimenté de nombreuses questions des parlementaires sur les causes de cette pression permanente.

Beaucoup de stresseurs… mais aussi de puissants moteurs

L’un des messages principaux portés par UCM est que l’entrepreneuriat ne peut pas être analysé avec les mêmes lunettes que le salariat.

Les entrepreneurs sont confrontés à une accumulation de stresseurs : gestion quotidienne de l’entreprise, contraintes administratives, responsabilités vis-à-vis des clients et du personnel, pression financière, charge mentale ou encore difficulté à séparer vie professionnelle et vie privée.

Mais les échanges avec les députés ont également permis de rappeler une autre réalité, plus positive : les entrepreneurs disposent aussi de ressources exceptionnelles. L’autonomie, la liberté de décision, le sentiment de construire quelque chose d’utile, la proximité avec les clients ou encore la fierté d’un projet développé grâce à ses propres efforts constituent de véritables facteurs protecteurs.

Les travaux de l’Observatoire Amarok montrent d’ailleurs que la santé mentale des entrepreneurs se comprend largement à travers cet équilibre entre stresseurs et satisfacteurs. Tant que l’équilibre tient, l’entrepreneur avance. Lorsqu’il se rompt durablement, les risques augmentent fortement.

Le vrai danger : attendre trop longtemps avant de demander de l’aide

C’est probablement le point qui a suscité le plus d’intérêt lors de l’audition.

Contrairement à beaucoup d’autres travailleurs, vous en tant qu’indépendants ou dirigeants d’une PME, vous avez souvent le sentiment que s’arrêter n’est pas vraiment possible. Un client doit être servi. Les factures doivent être payées. L’équipe dépend de vous. Souvent, l’entreprise et la personne finissent même par ne faire qu’un.

Or, lorsqu’un entrepreneur continue à fonctionner malgré les signaux d’alerte, il peut rester longtemps dans une situation de pré-burnout avant de solliciter de l’aide. Avec une issue positive (en travaillant par exemple avec UCM et son programme J’entreprends mon bien-être), soit aussi parfois avec une issue négative, souvent alors avec un burn-out profond.

Dans ce dernier cas, les conséquences ne sont alors pas seulement humaines et sociales. Elles sont aussi économiques : perte de chiffre d’affaires, difficultés de gestion, impact sur les travailleurs de la PME, sur les clients ou parfois sur la continuité même de l’entreprise.

C’est précisément pour éviter ces ruptures qu’UCM défend depuis plusieurs années une approche centrée sur la prévention.

Prévenir avant la rupture : les attentes d’UCM

Cette mobilisation a déjà permis des avancées importantes. Après plusieurs années de plaidoyer, la sécurité sociale des travailleurs indépendants (INASTI) s’est dotée d’un véritable volet consacré au bien-être mental, financé à hauteur de 4 millions d’euros par an. Depuis 2024, les indépendants disposent notamment d’outils d’auto-évaluation, de cellules d’écoute, d’accompagnements spécialisés, de webinaires et de ressources dédiées à la prévention.

Mais le travail n’est pas terminé.

Au niveau fédéral, UCM demande de poursuivre le développement de cette politique afin de renforcer encore les actions de prévention et d’intervenir plus tôt, avant que les situations ne deviennent critiques.

Au niveau wallon, les échanges avec les députés ont confirmé l’importance d’une meilleure prise en compte des réalités propres aux indépendants et dirigeants de PME. UCM plaide notamment pour une meilleure coordination des acteurs de terrain, une plus grande visibilité des dispositifs existants et une articulation renforcée entre les différents programmes d’accompagnement.

Car derrière les statistiques, il y a des femmes et des hommes qui créent de l’activité, de l’emploi et de la richesse. Prendre soin de leur santé mentale n’est donc pas seulement un enjeu individuel. C’est aussi un enjeu économique, social et de prospérité pour toute la Wallonie.


Merci au président de la Commission Jean-Pierre Lepine et aux députés Bénédicte Linard, Valérie Dejardin, Marie Jacqmin, Mathilde Vandorpe, Vincent Palermo, Stéphanie Thoron, Caroline Taquin, Jamila Ammi et Rachida Aït Alouha pour leur intérêt, leurs questions et les échanges cordiaux, impliqués et porteurs pour l’avenir. 🌱

L'auteur.e de cet article

Renaud FRANCART
La sécurité sociale des travailleurs indépendants reste un levier important pour développer l'entreprenariat. J'écris ici, avec le Service d'Etudes, pour défendre les intérêts des indépendants en matière de pensions, de droit passerelle, d'assurance maladie-invalidité,... N'hésitez pas à réagir et à commenter.
Renaud FRANCART

Renaud FRANCART

La sécurité sociale des travailleurs indépendants reste un levier important pour développer l'entreprenariat. J'écris ici, avec le Service d'Etudes, pour défendre les intérêts des indépendants en matière de pensions, de droit passerelle, d'assurance maladie-invalidité,... N'hésitez pas à réagir et à commenter.

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