La Belgique dispose d’un atout énergétique considérable en mer du Nord. Mais entre reports d’appels d’offres, incertitudes réglementaires et investissements en suspens, cet avantage pourrait se perdre. Pour les PME, dont la compétitivité dépend directement du coût de l’énergie, l’heure n’est plus aux tergiversations.
Un retard qui se chiffre
En juin 2025, le gouvernement fédéral a suspendu l’appel d’offres pour la première parcelle de la Zone Princesse Élisabeth, invoquant des incertitudes juridiques, un calendrier jugé irréaliste et un cadre financier insuffisamment défini. Résultat : un retard d’au moins un an et demi sur un projet appelé à structurer le paysage énergétique belge pour les décennies à venir.
Les analyses de VITO/EnergyVille (PATHS2050) permettent de mesurer cet impact. Elles montrent un résulta clair. Dans un scénario où la Zone Princesse Élisabeth n’est pleinement opérationnelle qu’en 2035, la Belgique disposerait d’environ 12 TWh d’électricité renouvelable en moins en 2030 par rapport à un scénario de déploiement accéléré. Ce déficit ne disparaît pas dans les tableaux Excel. Au contraire, il doit être compensé par davantage de gaz, plus d’importations, plus d’émissions.
Au total, selon ces modélisations, un tel retard générerait près de deux millions de tonnes supplémentaires de CO₂ dans le système électrique et exercerait une pression haussière sur les prix de l’électricité. À l’échelle de l’économie, plusieurs centaines de millions d’euros de surcoût sur une seule année. La pierre angulaire de notre politique énergétique.
Pour les PME, pas de ligne abstraite sur une facture
Ces chiffres ne relèvent pas de la seule macroéconomie. Pour une PME, toute hausse durable du coût de l’électricité se traduit par une pression directe sur les coûts de production, les marges, la capacité d’investissement et, parfois, l’emploi.
Ce constat n’est pas nouveau pour UCM. En effet, nos enquêtes le confirment : près de 85 % des PME belges considèrent désormais l’énergie comme un risque économique. Après les crises énergétiques de ces dernières années, la vulnérabilité structurelle de notre économie aux énergies fossiles importées n’est plus un sujet réservé aux spécialistes. C’est une réalité quotidienne pour des milliers d’entrepreneurs.
La Belgique reste par ailleurs fortement dépendante des importations énergétiques — environ trois quarts de l’énergie consommée dans notre pays proviennent encore de l’étranger. Cette situation n’est pas une fatalité. Mais elle exige des décisions, pas des reports.

L’offshore comme stabilisateur économique
L’éolien offshore est souvent présenté avant tout comme un outil de décarbonation. Cependant, c’est oublier son rôle économique et son poids dans notre mix énergétique qui doit augmenter, quels que soient nos choix politiques par ailleurs.
Dans un système électrique où les combustibles fossiles influencent encore largement les prix de marché, chaque mégawattheure produit localement réduit notre exposition aux chocs extérieurs. Produire localement, c’est se soustraire partiellement à la volatilité des marchés internationaux. Plus la production domestique augmente, moins les entreprises sont tributaires des crises géopolitiques et de la volatilité du gaz.
Les scénarios PATHS2050 le chiffrent : une électrification réussie combinée à un déploiement massif des renouvelables permettrait de ramener la dépendance énergétique extérieure de la Belgique de 75 % aujourd’hui à environ 40 % en 2050. Ce n’est pas qu’un objectif climatique. C’est une réduction structurelle de notre exposition aux crises.
Développer l’offshore n’est donc pas seulement un choix climatique. C’est un investissement dans la résilience économique du pays — et pour les PME, la perspective d’une énergie enfin prévisible.
Autrement dit, le risque n’est pas seulement de payer moins cher en retardant, mais bien de prolonger une situation où la dépendance aux énergies fossiles maintient les prix élevés et volatils. Les gains supposés d’un report du marché restent incertains, tandis que son coût économique est immédiat et certain pour les entreprises.
La stabilité réglementaire est devenue un enjeu économique
Le retard du projet Princesse Élisabeth ne tient pas uniquement à des contraintes techniques ou administratives. Il reflète surtout la difficulté à stabiliser un cadre d’investissement adapté aux nouvelles réalités du marché énergétique européen.
Hausse des taux d’intérêt, augmentation des coûts de construction, évolution des mécanismes de soutien : les projets offshore font aujourd’hui face à des conditions économiques nettement plus complexes qu’au moment de leur conception. Dans ce contexte, la prévisibilité réglementaire devient aussi déterminante que le niveau de soutien public.
Au-delà des paramètres financiers, c’est l’accumulation d’incertitudes qui pèse sur les décisions d’investissement. Chaque report de procédure ou révision de cadre réglementaire envoie un signal négatif aux investisseurs, retarde les projets et renchérit le coût du capital. Cette perte de visibilité a un effet direct : elle freine le déploiement des capacités de production et prolonge la dépendance aux énergies fossiles. In fine, c’est la compétitivité des entreprises et la facture des PME qui absorbent ces coûts différés.
Produire ne suffit pas : encore faut-il pouvoir acheminer l’électricité
Une politique énergétique sérieuse ne se limite pas à construire de nouvelles capacités de production. Elle suppose des infrastructures capables d’acheminer cette électricité là où l’économie en a besoin.
C’est dans cette perspective que la Boucle du Hainaut joue un rôle essentiel. Ce renforcement du réseau de transport est l’un des maillons nécessaires à l’intégration des futures capacités offshore, notamment celles de la seconde phase de la Zone Princesse Élisabeth. Les tensions croissantes sur certaines parties du réseau montrent que ces infrastructures doivent être anticipées plusieurs années à l’avance. Sans investissements suffisants, la capacité d’accueillir à la fois les nouvelles productions renouvelables et les nouveaux usages électriques risque de devenir un facteur limitant pour l’ensemble de l’économie.
PEZ 1, PEZ 2 et les infrastructures de transport ne sont pas trois dossiers séparés. Ce sont les composantes d’une même stratégie, et elles doivent avancer ensemble.
(voir notre position sur les infrastructures énergétiques et le réseau électrique)

Source image Elia
Avancer plutôt que reporter
La Belgique dispose d’atouts rares : une façade maritime stratégique, une expertise reconnue dans le développement offshore, un gestionnaire de réseau performant et un tissu industriel capable de tirer parti de ces investissements.
La Zone Princesse Élisabeth peut renforcer notre sécurité énergétique, soutenir notre compétitivité et réduire structurellement notre dépendance aux importations. Mais cet avantage ne se concrétisera que si les décisions suivent.
UCM appelle dès lors le gouvernement fédéral à finaliser rapidement les conditions d’attribution et à lancer l’appel d’offres pour la Zone Princesse Élisabeth dans un calendrier clair et crédible, à sécuriser les investissements dans le réseau, et à offrir aux entreprises la visibilité dont elles ont besoin pour que la transition soit une opportunité, pas une contrainte supplémentaire.
La vraie question n’est plus de savoir combien coûte l’éolien offshore. La question est de savoir combien nous coûtera encore son absence.
