Réseaux saturés, électricité trop chère, dépendance aux énergies fossiles : ce que la Commission européenne recommande à la Belgique en 2026, elle le recommande déjà depuis 2022. Le diagnostic se répète. Les freins que les PME vivent au quotidien, eux, ne bougent pas.
Chaque année, la Commission européenne évalue les politiques économiques des États membres et formule ses recommandations. Le rapport 2026 sur la Belgique pointe les mêmes problèmes qu’en 2025, qu’en 2024, qu’en 2023 : transition énergétique trop lente, fiscalité incohérente, réseaux insuffisants, complexité administrative. Ce n’est pas une nouveauté, c’est une répétition. Et c’est précisément cela le problème.
Pour UCM, ces constats européens rejoignent ce que les indépendants et PME expriment depuis plusieurs années, notamment dans notre enquête « Les PME et l’énergie en 2026 ». La volonté d’investir est là. Ce qui manque, ce sont les conditions pour le faire.
Une électricité quatre fois plus chère que le gaz : le signal-prix qui bloque tout

Depuis plusieurs exercices, la Commission recommande à la Belgique de rééquilibrer la fiscalité entre l’électricité et les combustibles fossiles. Le constat reste le même : pour une entreprise industrielle belge, l’électricité coûte près de quatre fois plus cher que le gaz après taxes. Tant que ce signal-prix reste inversé, demander aux entrepreneurs de basculer vers l’électrique revient à leur demander de payer plus pour faire mieux. Selon notre enquête, 55 % des PME soutiennent un rééquilibrage fiscal, à condition qu’il soit progressif et prévisible.
Les réseaux saturés : même diagnostic, toujours pas de solution
Le manque d’investissements dans les réseaux figure dans les recommandations européennes à la Belgique depuis plusieurs années. Sur le terrain, les chiffres UCM illustrent une réalité qui ne s’améliore pas : une entreprise sur dix a demandé un renforcement de puissance. Dans 91 % des cas, le projet a été reporté, réduit ou abandonné. Avec 15 % des PME qui anticipent un besoin supplémentaire dans les trois ans (44 % dans l’industrie), l’urgence est réelle. En Wallonie, la boucle du Hainaut reste une priorité absolue.
La volonté est là. Les conditions toujours pas.
Alors que la Commission appelle depuis des années à accélérer la sortie des énergies fossiles, les PME montrent qu’elles sont prêtes à avancer : 80 % des entrepreneurs veulent réduire leur dépendance aux combustibles fossiles. Mais seul un tiers a déjà pu investir dans des solutions concrètes, et 35 % déclarent ne pas être en mesure de le faire. Les freins identifiés par la Commission, coût des investissements, instabilité réglementaire, complexité administrative, sont exactement ceux que les PME nomment depuis des années. Elles ne demandent pas qu’on ralentisse la transition. Elles demandent qu’on cesse de répéter les mêmes constats sans agir.
La vraie question n’est plus de savoir si la Belgique peut se permettre d’investir dans sa transition énergétique. C’est de savoir combien de fois encore la Commission et UCM devront répéter les mêmes recommandations avant que les choses changent.
