Budget fédéral : aides à l’embauche menacées

Pièces de monnaie et billets d’euro devant le drapeau belge illustrant les enjeux du budget fédéral pour les entreprises belges

La négociation budgétaire a pris des airs de nouvelle négociation de majorité. Les semaines qui viennent seront capitales pour les PME. Elles attendent beaucoup de ce gouvernement, dont la première des promesses est de rester en place. Dans ce contexte, les entrepreneurs observent avec inquiétude la remise en question des aides aux premiers engagements, mesures essentielles à leur développement.

Un débat qui dépasse la technique

Il était clair que la négociation budgétaire ne se limiterait pas à une discussion technique. Ce n’est jamais le cas. La politique s’invite toujours à la table. Ce qui a surpris, c’est l’ampleur de l’exercice. Le processus a rapidement pris l’allure d’un nouveau conclave gouvernemental, où chaque parti a remis sur la table ses priorités, parfois anciennes, parfois déjà arbitrées lors de négociations précédentes. Les accords conclus en janvier, confirmés à Pâques, puis encore à l’été, se retrouvent ainsi fragilisés, comme si rien n’était jamais définitivement tranché.

Des marges budgétaires extrêmement limitées

Cette situation illustre à quel point les marges budgétaires sont étroites. Elle révèle aussi la tentation persistante, pour chaque formation, de renégocier les compromis pourtant actés. Or le temps presse : (plus tout à fait) cinquante jours pour reconstruire un budget cohérent sur plusieurs années, alors que la pile des dossiers prioritaires continue de s’allonger. Cela constitue une fenêtre extrêmement réduite.

Pas de place pour l’instabilité politique

L’heure n’est donc pas aux tactiques politiciennes. Une nouvelle crise gouvernementale serait un très mauvais signal. Surtout au moment où le pays a besoin de continuité pour renforcer sa compétitivité et soutenir la croissance. Les PME, en particulier, ne peuvent se permettre une instabilité institutionnelle supplémentaire. Le message est clair : nous sommes en attente de résultats, pas de psychodrames.

En effet, la lecture de l’accord du gouvernement ARIZONA de janvier dernier a été accueillie avec intérêt par les PME. Des réformes fondamentales sont promises, notamment en termes de fiscalité et de flexibilité du marché du travail. Or, pour tenir ces promesses, il faut que le gouvernement tienne bon et transforme ces accords politiques en législations applicables.

Rencontre entre entrepreneurs pour discuter du premier engagement et des aides à l’embauche dans les PME en Belgique

Le “zéro coti” : un levier essentiel pour le premier emploi

Au sein des discussions budgétaires, la mesure dite « zéro coti » semble revenir avec insistance. Plusieurs pistes évoquées visent à revoir les réductions de cotisations sociales liées aux premiers engagements. Aujourd’hui, la réduction est illimitée dans le temps pour le tout premier emploi, et limitée pour les suivants. La déclaration de politique générale de l’ARIZONA a déjà restreint sa portée, en plafonnant la réduction à 2.000 euros par trimestre pour le premier engagement et à 1.000 euros pour les deuxième à cinquième engagements.

Ces ajustements ont été accueillis sans enthousiasme par les PME. Mais nous avons reconnu qu’ils participaient à l’effort budgétaire collectif. En revanche, aller plus loin – en réduisant encore l’avantage ou en l’abrogeant – constituerait un très mauvais signal pour les entreprises.

Compléter l’analyse

Pour remettre en question le caractère illimité de la réduction liée au premier engagement, les autorités s’appuient sur une étude universitaire. Or pour nous, ceci doit être remis en perspective. Cette étude est basée sur des données purement chiffrées datant de 2021, donc antérieures au recentrage de la mesure et sans prise en compte réelle des effets du Covid. Elle fournit par ailleurs une analyse strictement quantitative, qui ignore les témoignages, les comportements entrepreneuriaux et la réalité du terrain. Elle ne peut suffire pour évaluer un dispositif aussi structurant.

Enfin et surtout, il faut tenir compte des mesures prises en 2022 et 2023 pour recentrer cette mesure sur son destinataire principal : les PME.

Le cœur du dispositif : permettre d’embaucher

Car l’essence même du « zéro coti » est d’inciter des entreprises à franchir le cap du premier engagement. Il permet à des entrepreneurs qui n’auraient pas embauché d’envisager un recrutement. Les principaux secteurs utilisateurs – commerce, construction, HoReCa – sont des secteurs à faibles marges, où le coût du premier emploi est un frein majeur. Sans cette mesure, beaucoup n’auraient probablement jamais sauté le pas. Aujourd’hui, cette mesure aide plus de 70.000 employeurs à le rester.

Réunion de travail entre collaborateurs pour analyser l’impact du budget fédéral sur les PME en Belgique

Devenir employeur : un apprentissage à accompagner

Devenir employeur, c’est apprendre un nouveau métier : gérer des responsabilités supplémentaires, s’adapter, structurer son organisation. Le soutien financier du zéro coti ne fait pas tout, mais il réduit l’incertitude et encourage l’envie d’engager. C’est un levier psychologique autant qu’économique.

Une mesure à préserver pour soutenir l’emploi

Notre analyse est donc claire : le zéro coti est une aide cruciale pour les PME, parce qu’il sécurise la transition vers l’emploi et encourage la croissance. Le fragiliser reviendrait à freiner la dynamique entrepreneuriale et à limiter la création de valeur. À l’heure où les PME réclament lisibilité et stabilité, cette mesure doit rester un pilier solide de la politique de soutien à l’emploi.

Matthieu DEWEVRE

Matthieu DEWEVRE

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