Fin 2025, le gouvernement fédéral a décidé de réviser l’indexation des salaires. UCM fait le point sur cette réforme et les questions qu’elle soulève dans les PME.
Technique difficile à comprendre
On a vu des gouvernements décider d’un saut d’index sur tous les salaires. On en a aussi vu capter l’ensemble du coût salarial « économisé » grâce à ce saut d’index. Cette manière de faire avait l’avantage d’une certaine simplicité. Elle aurait toutefois brutalement entravé le pouvoir d’achat. Elle n’aurait pas non plus épargné les employeurs. L’actuelle majorité a conclu un accord politique plus nuancé, mais d’autant plus complexe. La « logique budgétaire » a prévalu. Le Gouvernement compte gagner 883 millions dans l’opération.
Ce qui est prévu ? Deux fois au cours de la législature (en principe en 2026 et 2028), seuls les 4.000 premiers euros bruts seront indexés. Jusqu’à avoir évolué de 2%. Autrement dit, à deux reprises dans les prochaines années, la tranche de salaire supérieure à 4.000€ sera temporairement bloquée. Ceci pour qu’elle évolue « 2% moins vite » que la tranche inférieure à 4.000€.
« Saut d’index partiel » pour les travailleurs
Du point de vue des travailleurs, la mesure décidée s’apparentera donc à un (en réalité, deux) saut d’index partiel. Concrètement, l’application du dispositif prévoit :
- La partie du salaire inférieure ou égale à 4.000€ brut continuera à être indexée comme à l’ordinaire.
- En revanche, la part du salaire qui dépasse 4.000€ brut ne sera pas indexée.
- Lorsque la partie inférieure à 4.000€ aura été indexée de 2%, les deux tranches recommenceront à évoluer de concert.
Par exemple, un salaire de 5.000€ bruts, donc concerné par ce dispositif, aboutira après indexation à un salaire de 5.080€. Il aurait été de 5.100€ si l’on avait appliqué l’indexation à l’ensemble du salaire.
Cette situation concerne environ 50 % des salariés en Belgique, ce qui en fait une mesure loin d’être marginale. Il est important de souligner que le salaire n’est donc pas totalement privé d’indexation, mais seulement au-delà de ce seuil.

Côté employeurs : une « économie »… partiellement récupérée par l’État
Du côté des employeurs, la mécanique est plus complexe – et suscite de nombreuses interrogations.
Comme l’affirme UCM depuis de nombreuses années, une indexation de salaire est d’abord et avant tout une augmentation de coût salarial. Un saut d’index, même partiel, représente donc une forme d’économie pour l’employeur, en tout cas une « non-hausse » de coût salarial.
Le Gouvernement a décidé que 50 % de la « non-hausse » du coût salarial résultant de cette non-indexation partielle devra être rétrocédée au trésor public, via une cotisation patronale spécifique. Autrement dit, l’entreprise ne conserve qu’une partie de l’allègement théorique lié à l’absence d’indexation sur la tranche supérieure à 4.000€.
C’est sur ce point précis que les questions sont aujourd’hui les plus nombreuses au sein des PME. Le fait de devoir reverser une part du « gain » n’est certes pas une excellente nouvelle, mais cela correspond à l’esprit de l’accord budgétaire tel qu’il a été présenté : un partage de l’effort entre travailleurs, employeurs et pouvoirs publics.
Une ligne rouge : la tentation d’une cotisation structurelle
Là où les inquiétudes d’UCM deviennent beaucoup plus fortes, c’est lorsque certaines discussions laissent entendre que cette cotisation pourrait devenir structurelle, c’est-à-dire déconnectée de toute « non-hausse » effective de coût salarial.
Concrètement, cela signifierait que, même dans le cas d’une embauche intervenant dans cinq, dix ou quinze ans, lorsqu’un salaire dépasserait 4.000€, la cotisation resterait due. Dans ce cas, il n’y aurait plus aucun gain de coût salarial pour l’employeur, mais au contraire une augmentation structurelle du coût du travail. Pour UCM, ceci serait inacceptable.
L’esprit de l’accord budgétaire est clair : la rétrocession doit être liée à une « non-hausse » réelle du coût salarial. Rendre cette cotisation permanente et indépendante de toute indexation reviendrait à créer une charge supplémentaire durable pour les entreprises, et en particulier pour les PME, déjà confrontées à des coûts salariaux parmi les plus élevés d’Europe.

Conclusion : clarté, cohérence et concertation
UCM restera attentive à l’évolution de ce dossier. Une réforme de l’indexation ne peut réussir que si elle repose sur des règles claires, cohérentes et équitables, et si elle respecte l’équilibre entre pouvoir d’achat et compétitivité des entreprises.
Toute modification qui transformerait un mécanisme conjoncturel en augmentation structurelle du coût salarial devra être discutée et corrigée. La concertation sociale reste plus que jamais indispensable.
L’accord de coalition et d’ailleurs très clair sur ce point lorsqu’il mentionne :
« Nous demandons aux partenaires sociaux de préparer un avis sur la réforme de la loi sur les salaires et du système d’indexation automatique pour le 31/12/2026. Dans ce cadre, une attention suffisante sera accordée à la compétitivité de nos entrepreneurs et au pouvoir d’achat des travailleurs ».
Les partenaires sociaux ont donc la mission de rendre un avis à la fois sur la question de l’indexation et sur la question de la loi encadrant l’évolution des salaires (la « fameuse » loi de 1996). Comme membre du groupe des dix UCM a l’intention de participer loyalement à ces discussions. Elles sont pourtant fortement entravées par l’attitude des organisations syndicales qui annoncent grèves après grèves.
