
Actiris vient de publier la liste 2026 des métiers en pénurie. 103 métiers sont aujourd’hui considérés comme critiques à Bruxelles. Un chiffre qui confirme l’ampleur des difficultés de recrutement dans des secteurs aussi essentiels que la santé, l’enseignement, la construction, l’informatique ou l’Horeca.
Pourtant, cette liste ne raconte qu’une partie de l’histoire. Sur le terrain, de nombreuses entreprises peinent toujours à trouver les compétences dont elles ont besoin. Car au-delà des métiers en pénurie, c’est toute la question de l’adéquation entre les besoins des employeurs et les profils disponibles qui se pose. Un enjeu que les statistiques actuelles peinent encore à mesurer… et plus encore à anticiper.
La liste 2026, des besoins criants dans les secteurs stratégiques
Sans surprise, plusieurs secteurs continuent en 2026 à faire face à d’importantes difficultés de recrutement.
Parmi les métiers les plus concernés figurent notamment :
- les métiers de la santé et du soin (infirmiers, aides-soignants, puériculteurs, médecins, pharmaciens, personnel de la petite enfance) ;
- les métiers de l’enseignement ;
- les professions techniques et de la construction ;
- les métiers de l’informatique ;
- les professions du transport et de la logistique ;
- les métiers de l’Horeca, tant en cuisine qu’en salle.
Autant de professions indispensables au bon fonctionnement de l’économie et des services de proximité en Région bruxelloise.
Par rapport à l’année dernière, sept professions rejoignent la liste des fonctions critiques :
- conducteur de poids lourd permis C ;
- mécanicien d’entretien pour les voitures de société et camions ;
- technicien automobile ;
- couvreur de toits plats ;
- chef de cuisine de collectivité ;
- pâtissier-chocolatier-glacier ;
- assistant juridique

À l’inverse, dix métiers la quittent en 2026 :
- acheteur,
- manager des ressources humaines,
- responsable de l’entretien des bâtiments et infrastructures,
- analyste financier,
- responsable des ventes,
- responsable contrôle qualité en industrie,
- inspecteur de conformité,
- vendeur d’appareils électriques,
- agent d’entretien des parcs et jardins
- ainsi que directeur d’établissement médicosocial ou pénitentiaire.
Une liste utile, mais qui ne montre qu’une partie du problème
La liste des fonctions critiques permet d’identifier les métiers pour lesquels les employeurs rencontrent des difficultés de recrutement et d’orienter les politiques d’emploi et de formation. Mais elle ne reflète qu’une partie de la réalité. Construite à partir des seules offres d’emploi transmises à Actiris, elle ne tient pas compte de nombreux recrutements réalisés par les PME via leurs réseaux, le bouche-à-oreille ou les candidatures spontanées.

Pour UCM, les pénuries recensées sont donc bien réelles, mais probablement sous-estimées. D’autant que le problème ne réside pas uniquement dans le manque de candidats. Les difficultés de recrutement s’expliquent aussi par un décalage entre les compétences recherchées et les profils disponibles, par l’attractivité de certains métiers ou encore par leurs conditions d’exercice. Résultat : des entreprises peinent à recruter tandis que des chercheurs d’emploi restent éloignés des métiers qui embauchent.
Le véritable défi est donc celui du matching : mieux faire correspondre les besoins des employeurs et les compétences disponibles sur le marché du travail.
Anticiper les besoins pour mieux former
Face à ce constat, UCM défend une approche simple : les besoins de recrutement des entreprises doivent devenir le point de départ des politiques de formation et d’emploi.
C’est pourquoi UCM plaide depuis plusieurs années pour la mise en place d’une enquête annuelle sur les Besoins de Main-d’Œuvre (BMO) auprès des employeurs bruxellois. L’objectif est d’identifier les recrutements à venir, les compétences recherchées et les métiers qui recruteront demain afin d’adapter plus efficacement l’offre de formation et les dispositifs publics d’accompagnement.
Une telle enquête permettrait de dépasser les seules offres enregistrées par Actiris et d’offrir aux pouvoirs publics une vision beaucoup plus complète des besoins réels des entreprises. Dans un contexte où les moyens publics sont limités, il n’est plus possible de former « à l’aveugle ». L’offre de formation doit être recalibrée en fonction des besoins du tissu économique bruxellois afin de concentrer les ressources disponibles là où elles auront le plus d’impact.
En Région wallonne, la récente liste a été établie sur base des résultats d’un telle enquête sur les besoins de main d’œuvre afin de coller au mieux aux réalités de terrain. On attend maintenant que Bruxelles emboîte le pas.
Au-delà de la formation, une approche globale
Les pénuries ne relèvent pas d’une seule cause et n’appellent pas une seule réponse.
Comme l’explique également David Piscicelli dans son analyse consacrée aux métiers en pénurie en Région wallonne, plusieurs réformes portées par UCM commencent à produire leurs effets, mais d’autres restent indispensables pour lever les freins au recrutement. Formation, mobilité, fiscalité du travail, accueil de la petite enfance ou encore migration économique : c’est en activant l’ensemble de ces leviers que Bruxelles pourra durablement répondre aux besoins des entreprises.
Les 103 métiers recensés par Actiris ne sont que la partie visible de l’iceberg. Mesurer les pénuries est utile. Les anticiper est indispensable. Bruxelles doit désormais passer d’une logique de constat à une véritable logique d’anticipation.
