Record de créations d’entreprises… mais l’entrepreneuriat belge marque le pas

À première vue, les chiffres sont encourageants. En 2025, la Belgique a enregistré un nouveau record de créations d’entreprises avec 128.147 nouvelles activités lancées. Pourtant, derrière cette performance historique se cache une réalité contrastée : la croissance nette du tissu entrepreneurial belge est à son plus bas niveau depuis dix ans.

C’est l’un des principaux enseignements du StarterAtlas 2026, réalisé par UNIZO, UCM et GraydonCreditsafe, présenté à la presse ce 9 septembre. L’étude montre qu’un nombre record de créations ne signifie pas nécessairement un entrepreneuriat en pleine forme.

Un record qui masque un essouflement

Créer une entreprise reste une aspiration forte en Belgique. Mais dans le même temps, les cessations d’activité atteignent elles aussi un niveau élevé. En 2025, près de 117.000 entreprises ont disparu, limitant la croissance nette du nombre d’entreprises à seulement 0,81 %, soit le niveau le plus faible observé depuis une décennie.

Autrement dit, le nombre d’entreprises continue d’augmenter, mais beaucoup plus lentement qu’auparavant. La dynamique entrepreneuriale semble perdre progressivement de son intensité. La progression reste très éloignée des rythmes observés avant la pandémie, lorsque les créations d’entreprises augmentaient régulièrement de plus de 5 % par an.

La Wallonie porte la croissance

L’un des enseignements les plus marquants du rapport concerne les différences régionales. En 2025, la Wallonie a enregistré pratiquement 30.000 nouvelles entreprises, soit une progression remarquable de 15 % en un an et un nouveau record régional. Cette performance contraste fortement avec la situation observée dans les autres régions.

La Flandre est restée quasiment stable tandis que Bruxelles a enregistré un recul du nombre de nouvelles entreprises. Ces chiffres confirment le rôle moteur joué aujourd’hui par la Wallonie dans l’évolution récente des créations d’entreprises en Belgique.

« La progression du nombre de starters observée en Wallonie peut s’expliquer par deux éléments : la suppression de l’exigence de connaissances de gestion et la limitation dans le temps des allocations de chômage. »

Anne-Sophie Snyers, Secrétaire Générale UCM

Anne-Sophie Snyers, Secrétaire Générale UCM

Un point d’attention : dans une région plus défavorisée et aux perspectives d’emploi plus limitées, il apparait que des chômeurs exclus se tournent vers le statut d’indépendant par nécessité pour générer un revenu plus que par réelle conviction. Ceci permet de rappeler un point central pour UCM : l’accompagnement et la formation des créateurs, quels qu’ils soient, est un facteur déterminant de réussite du projet.

De plus en plus d’indépendants, de moins en moins d’employeurs

Une autre tendance mérite l’attention. Le nombre d’entreprises individuelles continue de progresser fortement. En 2025, près de 70.000 nouvelles entreprises unipersonnelles ont été créées, soit une augmentation de 5,6 % par rapport à l’année précédente. À l’inverse, les créations d’entreprises avec personnel ont diminué de 4,5 %.

Résultat : plus d’une création sur deux concerne aujourd’hui une entreprise individuelle. Cette évolution témoigne de la vitalité de l’entrepreneuriat individuel, mais elle soulève également une question importante pour l’avenir économique du pays. Les sociétés sont davantage associées à des projets de croissance, d’investissement et de création d’emplois. Une diminution de leur nombre pourrait donc peser à terme sur le potentiel de développement économique.

« Cela montre que l’engagement et l’envie de créer de l’emploi restent encore relativement timides chez nous. La raison est notamment que l’emploi coûte cher. » 

Anne-Sophie Snyers, Secrétaire Générale UCM

Des réalités sectorielles contrastées

Comme souvent, la photographie de l’économie varie fortement selon les secteurs. Les activités liées à la santé poursuivent leur croissance avec plus de 11.400 nouvelles entreprises créées, soit une hausse de plus de 10 %. Mais lorsque l’on tient compte à la fois des créations et des cessations, le constat est plus préoccupant pour plusieurs secteurs historiques de l’économie belge. L’industrie, la construction, le commerce ou encore l’horeca affichent une croissance nette négative. En d’autres termes, davantage d’entreprises y disparaissent qu’il ne s’en crée.

Pour UCM, ce signal doit être pris au sérieux. Ces secteurs constituent une partie essentielle du tissu économique belge. Leur fragilisation pourrait avoir des conséquences importantes sur l’emploi, les investissements et la vitalité économique locale.

Des jeunes entreprises plus résistantes

Le tableau n’est toutefois pas entièrement sombre. Les entreprises créées en 2021 présentent un taux de survie de 66,7 % après cinq ans, un niveau proche de celui observé avant la crise sanitaire. Plus de neuf entreprises sur dix franchissent également le cap de la première année d’activité.

« Une nouvelle génération d’entrepreneurs semble mieux prendre en compte un environnement économique dans lequel les chocs successifs sont devenus la règle plutôt que l’exception. »

Eric Van den Broele, directeur de la recherche et du développement chez GraydonCreditsafe.

Sarah Potvin a fondé son entreprise en 2025 et témoigne de son expérience lors de la conférence de presse de ce 9 septembre

Un recul relatif de l’entrepreneuriat féminin

Enfin, l’étude met en lumière une évolution plus préoccupante en matière d’égalité. Le nombre de femmes qui créent une entreprise continue d’augmenter en valeur absolue. Cependant, les créations masculines progressent plus rapidement. Les hommes sont désormais à l’origine de 62,9 % des nouvelles entreprises individuelles, contre 37,1 % pour les femmes. Dix ans plus tôt, la part des femmes atteignait encore plus de 42 %. Cette évolution rappelle qu’il reste nécessaire de lever les obstacles qui freinent encore l’accès des femmes à l’entrepreneuriat et à la création d’activité.

« Dans une société plus engagée envers l’égalité des sexes, c’est une évolution qui mérite d’être remarquée.”

Eric Van den Broele, directeur de la recherche et du développement chez GraydonCreditsafe.

Au-delà du record, un message d’alerte

De gauche à droite : Anne-Sophie Snyers (UCM), Bart Buysse (Unizo), Sarah Potvin (GravityFun, entreprise accueillant la conférence de presse) et Eric Van den Broele (Graydon CreditSafe)

Le StarterAtlas 2026 livre finalement un constat nuancé. Oui, les Belges continuent d’entreprendre. Oui, les jeunes entreprises semblent aujourd’hui mieux armées pour faire face aux crises. Mais derrière ces éléments positifs, plusieurs signaux appellent à la vigilance : ralentissement des créations, faible croissance nette du nombre d’entreprises, recul des entreprises employeuses et fragilisation de plusieurs secteurs traditionnels.

La présentation de ce rapport était l’occasion pour UCM de rappeler une série de messages aux décideurs politiques :

  • l’éducation reste un pilier essentiel pour sensibiliser à l’entrepreneuriat et donner le gout du risque, spécifiquement chez les femmes
  • la formation et l’accompagnement sont nécessaires pour améliorer la qualité des projets et leur donner toutes les chances de réussite
  • l’échec n’est pas une fatalité, travailler sur un cadre renforcé pour encourager la seconde chance une nécessité
  • la cohérence fiscale et réglementaire reste un déterminant de la réussite entrepreneuriale, levant une série d’obstacles à la gestion d’une entreprise
  • l’affirmation claire de choix politiques permet de donner un cap et d’anticiper son développement, il n’y a pas de place pour une incertitude prolongée

Le rapport complet est disponible sur le site UCM Découvrez nos documents utiles : lobby & études | UCM. Pour toute question : service.etudes@ucm.be

Clément Poulain

Clément Poulain

Conseiller Economie et Industrie - Chargé des études socio-économiques au Service d'Etudes

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