L’actuelle crise énergétique n’est pas la dernière. C’est une certitude.
La seule question est de savoir si les PME belges seront mieux préparées dans le futur. Dans un précédent article, nous posions le diagnostic : sans correction structurelle, chaque crise énergétique fragilise un peu plus les PME. La question qui s’impose aujourd’hui est celle de l’action. Que faire maintenant — et comment le faire sans reproduire les erreurs du passé ?
Une crise qui frappe sans prévenir, une double peine qui s’accumule
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les données Graydon UCM, 25% des PME belges sont vulnérables et risquent fortement de ne pas pouvoir se relever d’un choc majeur — leur situation financière étant déjà dégradée avant même que la crise ne frappe. Ce ne sont pas des entreprises mal gérées. Ce sont des entreprises saines, prises en étau par un choc extérieur qu’elles ne contrôlent pas.
Car ce qui rend la situation particulièrement difficile pour les PME, c’est qu’elles subissent une double peine que les grandes entreprises absorbent plus facilement : l’énergie qui coûte plus cher, et les salaires qui montent automatiquement par le jeu de l’indexation automatique. Deux postes de coûts qui s’alourdissent simultanément, sans que le dirigeant n’ait prise ni sur l’un ni sur l’autre.
Le problème central n’est pas uniquement le niveau des prix. C’est leur imprévisibilité. Une PME peut s’adapter à des coûts élevés si elle les connaît à l’avance. Elle ne peut pas s’adapter à des prix qui doublent en quelques semaines.

Ne pas répéter l’erreur de 2022
Face à l’urgence, le réflexe politique est logiquement toujours le même : subventionner, amortir, protéger à court terme. Compréhensible (et au moins partiellement nécessaire quand les prix deviennent incontrôlables). Mais cette logique a un coût que nous payons encore.
En 2022, près de 5 milliards d’euros ont été injectés en soutien aux énergies fossiles, selon les chiffres de la CREG. Mais combien de PME sont aujourd’hui moins dépendantes du fossile qu’en 2021 ? Ces dépenses pèsent encore aujourd’hui sur les finances publiques. Et la situation des PME, elle, ne s’est pas structurellement améliorée. Dans un contexte budgétaire serré, une réponse de même nature et ampleur n’est aujourd’hui tout simplement plus envisageable.
Le débat politique actuel propose plusieurs pistes : plafonnement des prix via les accises, cliquet inversé sur les carburants, gel des prix administratif. UCM les a analysées. Ces mécanismes, bien que louables, sont des obstacles au signal-prix qui incite à investir dans la transition. Pire, ils risquent de créer une dépendance politique attendue à chaque nouvelle crise.
L’objectif d’UCM n’est pas de s’opposer à toute aide d’urgence. C’est d’éviter que la réponse à la crise d’aujourd’hui ne prépare celle de demain.

Ce que défend UCM : des leviers concrets
Concrètement, pour y arriver, UCM porte plusieurs mesures qui répondent à l’urgence sans enfermer les PME dans le fossile.
⚡ Faire de l’électricité le choix le plus logique
Rendre l’électricité durablement plus compétitive que le fossile. Baisser les accises sur l’électricité professionnelle au niveau minimum fixé par la directive européenne — soit environ 0,5 €/MWh, très inférieur aux accises belges actuelles — enverrait un signal clair et stable : s’électrifier est économiquement rationnel. C’est d’ailleurs la mesure explicitement recommandée par le commissaire européen à l’Énergie Dan Jorgensen. C’est la seule mesure qui aide sans enfermer : elle protège les PME dont la facture électrique est liée au prix du gaz via le mécanisme du « merit order », tout en orientant celles qui ne le sont pas vers la transition.
🔄 Briser la spirale de la double peine
Une réflexion ciblée et temporaire sur la composition de l’indice santé pourrait permettre d’éviter que des chocs énergétiques externes ne se traduisent automatiquement par une hausse des coûts salariaux.
🤝 Outiller les PME, concrètement
Accompagner les PME sur le terrain. UCM déploie un « Guichet de la durabilité » pour aider les entrepreneurs à comprendre leurs factures et leurs contrats (clauses de révision, options de renégociation), à identifier les aides disponibles et à s’orienter vers des solutions concrètes. Les communautés d’énergie, par exemple, permettent à des PME géographiquement proches de partager de la production renouvelable locale. Le cadre légal belge existe depuis 2021. Il reste largement sous-utilisé, faute d’information et d’accompagnement. C’est précisément le rôle qu’UCM peut jouer.
Et si la crise s’installe durablement, des mécanismes d’urgence existent et doivent rester accessibles : chômage temporaire, report ou dispense de cotisations sociales, droit passerelle. Pas comme réponse structurelle, mais comme soupape pour les entreprises dont la viabilité est menacée.
Protéger sans enfermer
Nous l’avons déjà écrit : la véritable menace pour les PME n’est pas la transition. C’est la dépendance prolongée à des énergies fossiles volatiles et géopolitiquement risquées.
Protéger les PME aujourd’hui, c’est aussi faire en sorte qu’elles aient moins besoin d’être protégées demain.
