Finances communales wallonnes : 5 signaux d’alerte pour les PME

Pour les citoyens, les services communaux fonctionnent comme d’habitude. Pourtant, derrière cette continuité, les comptes des communes wallonnes se tendent : budgets 2026 bâtis sur une inflation de 1,5%, dépenses obligatoires en hausse, charges reportées par le fédéral. Nous décryptons ici cinq signaux d’alerte et rappelons une ligne claire : l’effort de rééquilibrage doit être équitable, et les PME ne peuvent pas en être la variable d’ajustement.

Un équilibre budgétaire de plus en plus fragile

Les budgets 2026 ont été adoptés fin 2025 sur base d’une hypothèse d’inflation modérée de 1,5%. Quelques mois plus tard, la réalité les rattrape : inflation grimpant à 3,97%, hausse des dépenses obligatoires, instabilité économique et répercussions directes des réformes décidées au niveau fédéral.

Face à l’ampleur des déficits, le retour à l’équilibre demandera des efforts à tous les acteurs, et UCM en est consciente. Mais les PME, indépendants et commerçants, véritable piliers de l’économie locale, ne peuvent servir ni de cible facile ni de banquier pour combler les déséquilibres budgétaires publics.

Cinq constats sont tirés :

1. Pensions statutaires : la bombe à retardement des budgets communaux

Les communes financent les pensions de leurs agents nommés (statutaires) via la cotisation de responsabilisation. Et la facture s’envole :

  • 319 millions € en 2025 ;
  • 506 millions € en 2031, soit +60% (estimations du Service Fédéral des Pensions et de l’Office National des Pensions).

En cause : la part d’agents statutaires dans le personnel communal est passée de 41% en 2016 à 20% en 2025. Autrement dit, la base de cotisation se réduit alors que la charge à financer – soit les pensions à payer – grimpe.

L’analyse UCM : Cette explosion de charges fixes ne peut pas être résolue par de nouvelles recettes prélevées sur les entreprises. UCM plaide pour une réforme structurelle du financement des pensions locales et pour des économies de fonctionnement au sein des administrations, plutôt que pour un report mécanique sur le secteur privé.

2. Fin des allocations de chômage : la facture arrive dans les CPAS

La limitation des allocations de chômage à deux ans, décidée au fédéral, provoque un glissement vers le revenu d’intégration sociale (RIS), versé par les CPAS. En Wallonie, des milliers de personnes exclues du chômage basculent ainsi vers les finances communales. Résultat : les dépenses de transfert des CPAS augmentent de 27,2%.

Le fédéral compense, mais pas durablement (100% de compensation la première année ; 75% à terme, avec un mécanisme dégressif).

La charge financière et administrative finale retombe donc, à nouveau, sur les communes.

L’analyse UCM : Ce report de charges du fédéral vers le local n’est « budgétairement neutre » qu’en apparence. UCM craint qu’il n’incite certaines communes à se tourner vers leur tissu économique pour financer la dégressivité. Les arbitrages sociaux entre niveaux de pouvoir doivent être compensés sans impacter la fiscalité des PME. Nos entreprises sont en première ligne de la remise à l’emploi des exclus du chômage. Reporter les charges des réformes en cours sur leurs seules épaules aura pour conséquences de freiner leur développement et leur capacité à embaucher du personnel.

3. Plan Oxygène : un équilibre sous perfusion

Sur le papier, les communes wallonnes affichent ensemble un boni de 10 millions €. Bonne nouvelle ? Pas vraiment. Cet équilibre tient grâce aux prêts du plan Oxygène (CRAC), autrement dit en s’endettant pour financer des dépenses de fonctionnement courantes.

Sans ces prêts, le solde réel serait un déficit de 321 millions €, soit 165 € par habitant dans les villes.

L’analyse UCM : S’endetter pour payer le fonctionnement courant n’est pas une solution durable. Quand la perfusion prendra fin, le retour à l’équilibre exigera une gestion rigoureuse. UCM refuse que le remboursement de cette dette soit financé par une hausse de la fiscalité qui freinerait les investissements privés et le développement de ceux qui représentent 98% du tissu économique.

4. Investissements : les grands sacrifiés

Quand les dépenses de fonctionnement et d’aide sociale gonflent, ce sont les investissements qui trinquent. Les dépenses extraordinaires des communes (autrement dit leurs investissements) reculent de :

  • 18% par rapport à 2025 ;
  • près de 50% par rapport à 2024.

Les communes gèrent l’urgence (voiries, administration) et mettent de côté les projets structurants.

L’analyse UCM : Des voiries, des zonings et des solutions de mobilité qui se dégradent nuisent directement à la compétitivité de nos entreprises. Moins d’investissements, c’est aussi moins de commandes publiques pour les PME et entrepreneurs de la construction, pourtant indispensables à l’activité régionale.

5. Précompte immobilier et taxes autonomes : le principal point de friction

Autre effet des réformes fédérales : la hausse de la quotité exemptée d’impôt bride les recettes communales issues de l’impôt des personnes physiques (IPP). Pour compenser, les communes se tournent vers le patrimoine et la fiscalité locale :

  • les centimes additionnels au précompte immobilier (PRI) atteignent en moyenne 2.622 centimes ;
  • les taxes locales autonomes bondissent de 11,9%.

Concrètement, la hausse du PRI est quasi systématiquement répercutée sur les loyers commerciaux, donc sur les indépendants et PME locataires. S’y ajoute la multiplication de taxes forfaitaires (surfaces, enseignes, automates), qui frappent l’outil de travail sans aucun lien avec la rentabilité réelle de l’entreprise.

L’analyse UCM : C’est le point de friction majeur. Une taxe forfaitaire pèse autant sur l’entreprise qui dégage des bénéfices que sur celle qui peine à boucler ses fins de mois. Ce n’est ni lisible, ni équitable.

La position UCM : 3 principes pour un effort budgétaire équitable

Pour UCM, le rééquilibrage des finances communales est un objectif légitime. Mais il ne peut pas se faire au détriment de celles et ceux qui créent de l’emploi et de la valeur ajoutée sur le territoire. Trois principes guident notre action auprès des autorités locales et régionales.

1. Un effort partagé et soutenable

UCM reconnaît la gravité de la situation et la nécessité de rééquilibrer les budgets. Cet effort doit toutefois reposer en priorité sur une rationalisation des dépenses de fonctionnement et une révision des structures. Les entrepreneurs sont prêts à contribuer à la vie de leur commune, mais ils refusent d’être les seuls leviers d’ajustement fiscal.

2. Supprimer les taxes forfaitaires qui freinent la croissance

Chaque euro prélevé sur un indépendant ou une PME via une taxe forfaitaire (surfaces, enseignes, vitrines, outils de production) est un euro de moins investi dans le développement, la digitalisation ou la création d’emplois locaux. UCM demande l’abandon de ces taxes autonomes peu lisibles, qui pénalisent directement la croissance.

3. Des niveaux de pouvoir qui assument leurs choix

Les réformes décidées au niveau fédéral ou régional ne doivent pas se traduire par un transfert de charges silencieux vers le local, retombant par la suite sur les PME. La compensation des charges obligatoires (pensions, RIS) doit se régler entre niveaux de pouvoir, sans impact sur la fiscalité des entreprises du territoire.

UCM reste mobilisée

À l’approche de l’élaboration des budgets communaux 2027, c’est le bon moment afin que les préoccupations des indépendants et des PME soient prises en compte.

Un euro de déficit communal ne doit pas devenir un euro de taxe supplémentaire pour nos PME.

UCM continuera d’analyser les règlements-taxes communaux et de défendre, auprès des autorités locales et régionales, une fiscalité équitable et favorable au développement économique.

Sébastien Splingard

Sébastien Splingard

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