La Belgique a enregistré une hausse de 2,63% du nombre d’entreprises en 2025 (sur base des comptes publiés en 2024) et la part de jeunes entreprises n’a jamais été aussi forte. Si ces nouvelles devraient nous réjouir, d’autres constats de ce dernier Rapport PME GraydonCreditSafe-UCM-Unizo annuel nous appellent à la prudence : on enregistre surtout une percée des entreprises unipersonnelles, et le risque de faillite progresse.
Un monde de l’entreprise en mutation
Au-delà de la hausse du nombre d’entreprises, cette nouvelle mouture du Rapport PME comporte plusieurs enseignements :
- Un taux de création nette d’entreprises en diminution (-50% en 5 ans)
- Le nombre d’employeurs avec moins de 10 ETP diminue (-7% en 10 ans)
- Explosion de la création d’entreprises unipersonnelles (+15.8% en 10 ans en Wallonie, +18.8% à Bruxelles)
- 55% des entrepreneurs choisissent de s’établir en société (structuration et sécurisation du patrimoine), même si la « personne physique » reste privilégiée au début de l’activité.
Si nous pouvons nous féliciter que de plus en plus d’entrepreneurs osent se lancer dans un cadre incitatif et sécure, il faut aussi constater que le passage au statut d’employeur reste un défi majeur, tout comme la capacité à durer dans le temps (le nombre de faillites n’ayant jamais été aussi élevé parmi les jeunes PME).

Une instabilité confirmée dans les PME
Plusieurs données de notre « Rapport PME » convergent, vers une forme d’instabilité ou de fragilité des petites structures entrepreneuriales dans notre pays :
- L’écosystème des PME est de plus en plus jeune, un tiers des PME ont moins de 5 ans.
- La taille moyenne des PME diminue, vers des structures qui ont de moins en moins de personnel
- Une PME sur quatre est en risque de faillite : pas de réserve, pas de trésorerie. Le chiffre est préoccupant et ne s’améliore pas ces dernières années.
Le fait que les entreprises soient plus jeunes et plus petites qu’auparavant augmente cette instabilité. Ce rapport est l’occasion de rappeler à nouveau que les lois et les mesures doivent être élaborées en tenant avant tout compte des PME qui constituent le socle de notre économie. Si nous voulons permettre aux entreprises de se développer, d’investir et de créer de l’emploi, les PME doivent beaucoup plus systématiquement être le point de départ de l’action publique.

Crise du Moyen-Orient : une nouvelle épreuve pour nos PME
Plus que jamais les PME ont besoin d’un accompagnement, d’un marché du travail souple, d’une main d’œuvre adaptée, pour se projeter sur le long terme. En complément, le contexte géopolitique changeant, l’Ukraine, et désormais l’Iran, menace l’approvisionnement énergétique et rend les tarifs de l’énergie imprévisibles. Notre souveraineté énergétique n’a jamais été aussi importante pour notre économie.
Selon notre rapport, 8 % des PME belges risquent fortement de ne pas pouvoir se relever d’un choc majeur, leur situation financière étant dégradée. Mais le plus inquiétant concerne les sociétés « saines » avec des comptes de résultats satisfaisants : celles-ci ne sont pas toutes protégées contre les chocs de grande ampleur. Pas moins de 25 % des PME belges s’avèrent vulnérables, malgré une bonne santé financière.
Au total, c’est donc presque une PME sur 3 qui n’a pas constitué de réserves permettant de résister en cas de coup dur ou qui a déjà du les ponctionner pour passer les précédentes crises. Avec le risque de nouveau choc énergétique, ces PME devront se mettre immédiatement à la recherche de cash vis-à-vis d’institutions de financement qui joueront la prudence. Si des initiatives existent, seule une solution pérenne et concertée entre nos différentes autorités politiques permettront d’assurer une souveraineté renforcée.
UCM suit avec grande attention les suites de ce conflit et ses répercussions sur les PME. Un contact direct avec les autorités politiques existe pour monitorer les conséquences sur notre tissu économique et prendre les dispositions nécessaires.

Des recommandations pour un tissu économique plus fort
UCM émet plusieurs recommandations à destination des dirigeants politiques, pour solidifier le tissu économique à Bruxelles et en Wallonie :
- Faire baisser rapidement le coût de la main d’œuvre et adapter les politiques de formation. Pour engager et atteindre les objectifs de taux d’emploi, il faut que les personnes soient bien formées (en lien avec l’enquête BMO en Wallonie, à faire à Bruxelles) et à coût abordable.
- Concrétiser les mesures annoncées de modernisation du marché de l’emploi, essentiellement au niveau du gouvernement fédéral : protéger le zéro cotisation, mettre en œuvre le plan PME et le droit à la seconde chance.
- Mobiliser des moyens pour former et accompagner les créateurs qui le souhaitent à la gestion d’une entreprise, même si les compétences de gestion ne sont plus une obligation. Amplifier et pérenniser les actions sur le terrain (Générations entreprenantes, masters immersifs, etc.) et porter une attention spécifique sur les femmes entrepreneures.
- Un principe universel : notre économie a besoin de cadre stable et prévisible pour encourager la prise de risque.
- Il est urgent de prendre des mesures pour remettre l’économie bruxelloise sur les rails, maintenant que la région capitale est dotée d’un gouvernement, et de redonner confiance.
- En Wallonie, abandonner définitivement l’idée de taxer à nouveau la force motrice, dont les effets pourraient entrainer des faillites en cascade.
- Soutenir la transition énergétique des PME, particulièrement dans leur accès au réseau, et renforcer la souveraineté énergétique de la Belgique, rendue encore plus nécessaire au vu du contexte géopolitique.
Les signaux positifs existent, la volonté d’entreprendre est présente, la construction d’un cadre stable reste une nécessité.
L'auteur.e de cet article
- Conseiller Economie et Industrie - Chargé des études socio-économiques au Service d'Etudes
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