À partir du 1er octobre, la Wallonie change de cap en matière de rénovation énergétique : moins de subsides, davantage de financement par le crédit. Une réforme que soutient UCM pour sa volonté de simplification et de maîtrise budgétaire. Mais son succès se mesurera à une seule chose : sa capacité à générer davantage de chantiers, au bénéfice des PME du bâtiment comme des objectifs climatiques wallons.
Le 1er octobre 2026, la Wallonie tourne une page importante de sa politique de rénovation énergétique (lire sur RTBF Infos). Les primes à la rénovation cèdent la place à un nouveau régime de prêts aidés : « Rénopack » et « Rénoprêt » . Ce régime a été adopté définitivement par le Gouvernement wallon le 24 septembre.
Ce changement de cap, porté par la ministre de l’Énergie et du Logement, Cécile Neven, vise à répondre à plusieurs faiblesses du système précédent : une multiplicité de dispositifs peu lisibles, des délais de traitement parfois très longs et une trajectoire budgétaire devenue difficilement soutenable.
Une réforme utile, mais qui devra prouver son efficacité
UCM soutient l’objectif de simplification et de soutenabilité budgétaire poursuivi par le Gouvernement wallon. La volonté d’offrir un cadre plus stable et plus prévisible constitue une évolution positive après plusieurs années marquées par des changements successifs de régime.
Le nouveau dispositif présente plusieurs avancées intéressantes. L’approche intégrée du projet de rénovation, fondée sur un audit énergétique préalable, permet une vision plus cohérente des travaux à réaliser. Le mécanisme de prêt, assorti d’une réduction du montant à rembourser selon le profil du ménage, présente également l’avantage de limiter, voire de supprimer, l’avance de trésorerie qui constituait souvent un frein important à la réalisation des travaux.
Pour UCM, toutefois, la réussite de la réforme ne se mesurera pas uniquement à la qualité du nouvel outil de financement. Elle dépendra surtout de sa capacité à maintenir un volume de rénovations compatibles à la fois avec les objectifs climatiques de la Wallonie et avec l’activité des milliers de TPE, PME et indépendants qui réalisent concrètement les chantiers sur le terrain.
Trois conditions apparaissent aujourd’hui essentielles : garantir des moyens financiers suffisants et prévisibles, renforcer massivement les compétences disponibles dans le secteur, et assurer une stabilité réglementaire permettant aux entreprises d’investir en confiance.
Le secteur de la construction traverse une zone de turbulences
Le timing de la réforme interpelle. Selon Embuild Wallonie, les carnets de commandes du bâtiment ont reculé de 13,2 % au premier semestre 2026, tandis que ceux des routes et infrastructures ont diminué de 16,4 %. Les permis de bâtir pour le logement atteignent leur niveau le plus faible depuis plus de 20 ans et le secteur a perdu environ 2 500 emplois depuis 2023.
Cette situation fragilise l’ensemble de la filière à un moment où la rénovation énergétique devait précisément constituer un relais de croissance majeur.
Le secteur reste pourtant porteur d’un potentiel considérable. Les besoins sont largement identifiés : amélioration de la performance énergétique du parc existant, adaptation des bâtiments aux évolutions climatiques, renouvellement du parc immobilier et décarbonation progressive des systèmes de chauffage.
En outre, Embuild rappelle qu’un million d’euros investis dans la construction génèrent ou maintiennent environ 6,5 emplois directs et indirects. Pour UCM, cet élément est central : soutenir la rénovation énergétique, c’est aussi soutenir l’emploi local, l’activité économique de proximité et des métiers qui, par nature, ne sont pas délocalisables.
1° Sans moyens suffisants, pas de massification des rénovations
La première condition de réussite concerne le financement. Le nouveau régime apporte davantage de maîtrise budgétaire grâce à une enveloppe annuelle définie dans le cadre des arbitrages budgétaires régionaux. Cette approche répond à une préoccupation légitime de soutenabilité des finances publiques.
Toutefois, les besoins de rénovation restent considérables. La Wallonie doit accélérer la transformation de son parc immobilier tout en maintenant l’accessibilité financière des travaux pour les ménages.
Dans ce contexte, plusieurs acteurs du secteur s’interrogent sur l’adéquation entre les moyens disponibles et les objectifs poursuivis. Le soutien affiché par Embuild Wallonie à la proposition de la FGTB wallonne visant à mobiliser une partie de l’épargne privée via un « bon d’État wallon ». Qu’une fédération patronale et une organisation syndicale convergent sur la nécessité de dégager de nouvelles capacités de financement constitue un signal particulièrement révélateur.
Pour UCM, le débat ne doit pas se limiter à l’opposition entre primes et prêts. L’enjeu fondamental est de garantir des ressources financières capables de soutenir durablement le rythme de rénovation nécessaire.
Par ailleurs, il convient de rester attentifs à la manière dont les ménages s’approprieront ce nouveau système. Même à taux réduit ou à taux zéro, un prêt n’est pas perçu de la même manière qu’une prime.
Pour certains ménages, notamment ceux déjà engagés dans un crédit hypothécaire, le recours à un financement supplémentaire pourrait constituer un frein psychologique ou financier.
À ce stade, aucun effet de ralentissement ne peut être constaté puisque le nouveau régime n’entre en vigueur qu’au 1er octobre. En revanche, le risque d’un certain attentisme a été régulièrement évoqué par les acteurs du secteur et devra faire l’objet d’un suivi attentif durant les prochains mois.
2° Le manque de main-d’oeuvre reste le frein principal
Le financement ne constitue pas le seul défi. On en vient à la deuxième condition de réussite.
Le secteur de la construction reste confronté à une pénurie persistante de main-d’œuvre qualifiée. Les estimations évoquent un manque de plusieurs milliers de travailleurs dans les métiers techniques liés notamment à la rénovation énergétique.
Or aucune réforme du financement, aussi performante soit-elle, ne permettra d’atteindre les objectifs de rénovation si les entreprises ne disposent pas des compétences nécessaires pour exécuter les travaux.
Pour les TPE et PME, qui représentent l’immense majorité des entreprises du secteur, cette pénurie constitue aujourd’hui l’un des principaux freins au développement. Les difficultés de recrutement limitent les capacités de croissance, allongent les délais d’exécution et compliquent la transmission des savoir-faire.
UCM estime dès lors qu’un effort ambitieux doit être poursuivi en matière de formation, d’alternance, d’orientation vers les métiers techniques et d’accompagnement à l’entrepreneuriat. Sans réponse structurelle à cette question, l’écart entre les ambitions politiques et les capacités réelles du terrain risque de se creuser davantage.
3° Les entreprises ont besoin d’une trajectoire claire et stable
La troisième condition de réussite concerne la visibilité réglementaire.
Le report au 1er janvier 2031 de l’interdiction du remplacement des chaudières au mazout dans les bâtiments existants a été justifié par le Gouvernement wallon au nom du réalisme technique et économique. UCM comprend cette volonté d’éviter l’imposition d’échéances difficiles à respecter pour les ménages comme pour les professionnels.
Cependant, les entreprises ont besoin de règles stables pour préparer leurs investissements. Beaucoup ont déjà engagé des efforts de formation, d’équipement et de spécialisation dans les technologies bas carbone, notamment les pompes à chaleur.
Lorsque les calendriers évoluent à plusieurs reprises, même pour des raisons compréhensibles, cela peut créer de l’incertitude et compliquer les décisions d’investissement.
L’objectif ne doit donc pas être de rigidifier les politiques publiques, mais de garantir une trajectoire lisible, progressive et concertée. Les entreprises ont besoin de visibilité pour adapter leur offre et développer les compétences qui seront nécessaires à la transition énergétique de demain.
Trois conditions pour que la réforme réussisse
La réforme de la rénovation énergétique marque une évolution importante de la politique wallonne du logement et de l’énergie. UCM salue la volonté de simplification, l’amélioration de la prévisibilité budgétaire et le mécanisme de financement qui réduit les besoins d’avance de trésorerie pour les ménages.
À la veille de l’échéance du 1er octobre 2026, plusieurs éléments opérationnels restent à préciser pour les entreprises :
- l’organisation concrète de l’accompagnement des ménages,
- l’articulation avec les Guichets Énergie Wallonie,
- la montée en puissance des futurs opérateurs agréés (dont l’agrément n’interviendra qu’à partir du 1er janvier 2028, avec la future Agence wallonne de l’Habitation) et la communication destinée aux entreprises du secteur.
UCM demande une communication rapide et ciblée vers les entreprises du secteur, au même titre que vers les ménages.
La question centrale reste toutefois inchangée : le nouveau dispositif permettra-t-il réellement d’accélérer le nombre de rénovations réalisées en Wallonie ?
Pour UCM, la réponse dépendra donc de trois leviers complémentaires :
- des moyens financiers suffisants et prévisibles,
- un investissement massif dans les compétences et
- une stabilité réglementaire permettant aux entreprises de préparer l’avenir avec confiance.
C’est sur ces trois priorités qu’UCM continuera à porter la voix des indépendants et des PME dans les mois et années à venir.
L'auteur.e de cet article

- Conseillère au service d'Études et Plaidoyer d'UCM, je suis convaincue que la transition écologique ne se fera pas sans les entreprises : elle se jouera avec elles, au cœur de leurs réalités. C'est cette conviction qui guide mon travail au quotidien : promouvoir des pratiques durables et réalistes pour les indépendants et les PME, faire remonter leurs besoins concrets auprès des décideurs politiques, et défendre leurs intérêts pour que la transition se construise avec eux.
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