Actiris fait le plein d’IOD grâce aux investisseurs privés

jobcoachUn coach-recruteur gratuit pour les PME, une méthode de sélection sans CV… Le succès de notre projet-pilote JOBCOACH aurait-il fait des émules à Bruxelles ? Oui et non. On vous explique.

Depuis 2015, la méthode IOD (intervention sur l’offre et la demande) est testée au sein de la Mission locale de Forest, grâce au soutien financier d’Actiris. Chaque année, l’équipe forestoise y met en relation une centaine de demandeurs d’emploi de longue durée ou sans diplôme avec des dirigeants de TPE et PME. Elle aide à la négociation des contrats de travail, assure le suivi post-embauche et peut même jouer un rôle de médiateur en cas de pépin.

Dès avril 2018, et jusqu’en 2021, Actiris va tripler les moyens de cette structure et lui donner une dimension régionale. La Mission locale de Forest aura pour objectif d’accompagner 300 demandeurs d’emploi et dirigeants de TPE et PME sur l’ensemble des 19 communes bruxelloises.

 IOD : du jobcoaching pour l’employeur… et le demandeur d’emploi

Sur papier, la méthodologie IOD reprend plusieurs concepts similaires à notre projet-pilote JOBCOACH, initié en 2017 : analyse sur-mesure des besoins de l’entreprise, sélection des candidats sans regarder le CV et focus sur les compétences en situation concrète, mise en face-en-face des patrons et candidats sur le lieu de travail, etc. Elle propose de surcroit un coaching du demandeur d’emploi, que cela soit avant sa rencontre avec l’entreprise ou durant ses premières semaines de travail.

La différence notable, c’est que là où nous envisagions une procédure de sélection par assessment pour rassurer l’employeur et lui laisser le choix final, Actiris entend faire… l’inverse !

Orientation assumée de l’organisme oblige, c’est au demandeur d’emploi qu’il revient de choisir : c’est lui qui sélectionne ses candidats-employeurs, en fonction de ses compétences et parmi les offres d’emploi qui lui sont présentées. Le coaching continu de l’équipe forestoise reste la clé de la réussite de la mise à l’emploi, pour autant que l’entrepreneur accepte de lui faire pleinement confiance.

Mais au fait, combien “vaut” la remise à l’emploi d’une personne ? Grosso modo 34.000 € par an si l’on en croit un rapport de 2012 de la Fédération européenne des services à la personne (EFSI) : 10.000 € d’allocations de chômage, 2.000 € d’accompagnement et 22.000 € en impôts, taxes et cotisations. Transposé au modèle belge, pour un emploi faiblement qualifié, on peut raisonnablement affirmer que le montant est légèrement inférieur. Mais on comprend tout l’intérêt financier d’inciter l’embauche de publics éloignés du marché de l’emploi !

Social Impact Bond : un casino royal ?

Quand il s’agit de demandeurs d’emploi aux profils très précaires et en face, de petits entrepreneurs en besoin de conseil en recrutement pour être certains de ne pas se louper, un accompagnement sur-mesure doit venir en appui d’une incitation financière à l’embauche. Or, cette accompagnement coûte très cher et nécessite énormément de moyens de la Région… C’est là qu’un nouveau produit financier de préfinancement entre en jeu : le Social Impact Bond (SIB).

Actiris a été le premier acteur belge a utilisé le SIB, dès 2014. Il entend renouveler l’expérience à plus grande échelle cette fois pour préfinancer son projet d’extension de la Mission locale de Forest. On parle tout de même de 2,3 millions d’euros.

Le principe du Social Impact Bond est assez simple : un investisseur privé met une mise sur la table pour préfinancer un projet public à impact social. Le tout réside ensuite dans l’atteinte ou non de l’objectif prédéfini dans le contrat d’investissement : si le projet rate l’objectif, l’investisseur perd sa mise. Si le projet réussit son objectif, Actiris rembourse la mise à l’investisseur privé, assorti d’un petit bonus (ici jusqu’à 7,5 % de l’investissement).

Le taux de remboursement versé par Actiris aux investisseurs du SIB se basera sur le taux de mise à l’emploi (via CDI, CDD, intérim, contrat “art. 60”, etc.) des demandeurs d’emploi coachés par la méthode IOD, comparativement à un groupe de demandeurs d’emploi qui bénéficie de l’accompagnement “classique” d’Actiris. Si le taux est supérieur de 50 %, bingo. C’est l’Observatoire bruxellois de l’emploi qui sera chargé de contrôler l’atteinte de cet objectif.

Que penser de ce mécanisme de préfinancement de l’action publique ? Il a au moins le mérite de fixer des indicateurs de résultats concrets en termes d’insertion, durable ou non. Tout dépend néanmoins des balises et des modalités d’évaluation des impacts. L’investissement via SIB n’est crédible que s’il représente un vrai risque pour l’investisseur avec des objectifs ambitieux qu’un opérateur public d’emploi peine à remplir.

Dans le cadre de la méthode de coaching IOD, le préfinancement d’Actiris par un Social Impact Bond est pertinent si cela aide bien les TPE et PME bruxelloises à recruter la bonne personne pour le bon job.

À l’inverse, il convient de rester très attentif aux dérives potentielles d’un tel système. Imaginons simplement le cas d’un placement de personnel temporaire dans des entreprises qui pourraient de surcroît être des investisseurs dans le projet, et ainsi toucher un rendement sur un investissement qu’elle maîtrise pleinement. La vigilance reste de mise… et de bon compte !

Engager, combien ça coûte ?

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About David PISCICELLI

Conseiller au service d'études et spécialisé dans les matières sociales (emploi, formation et droit du travail), je défends les intérêts des entrepreneurs et PME dans ces domaines.

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