Résilience climatique : protéger les PME face aux chocs

En juillet 2021, les inondations en Wallonie ont détruit des centaines d’entreprises en quelques heures. Des PME qui avaient survécu à la crise du Covid ont fermé définitivement parce qu’elles n’étaient pas préparées à un territoire qui avait changé.

Ce n’était pas un événement isolé : c’était un signal.

Le coût total de ces inondations a été estimé à environs 5 milliards d’euros. Cet épisode a mis en évidence la vulnérabilité d’une partie du tissu économique face aux chocs climatiques.

Une question économique avant tout

Le débat climatique se concentre sur la réduction des émissions. Cet objectif est indispensable. Chaque dixième de degré évité permet de limiter l’ampleur des impacts futurs. Mais le réchauffement déjà engagé impose d’agir dès aujourd’hui sur l’adaptation des territoires et de l’économie.

En Wallonie, près de 30% des entreprises sont situées dans des zones exposées au risque d’inondation.

À Bruxelles, les îlots de chaleur urbains affectent les conditions de travail, augmentent les besoins de refroidissement et réduisent la productivité.

Les épisodes de sécheresse perturbent certaines chaînes d’approvisionnement, notamment dans l’agriculture et l’industrie.

Le CERAC estime qu’une mauvaise gestion des risques climatiques pourrait amputer le PIB belge de 5 % d’ici 2050. La Commission européenne évalue les besoins d’adaptation à 1,2 milliard d’euros par an.

Pour les PME, l’enjeu est existentiel : là où une grande entreprise peut mutualiser les risques, une PME dépend souvent d’un seul site et d’un réseau local de fournisseurs.

Trois obstacles à surmonter

Si l’adaptation progresse dans les politiques publiques, plusieurs obstacles freinent l’action des entreprises :

1️⃣ Un manque de visibilité sur les risques :

Beaucoup de PME ne savent pas à quels risques climatiques elles sont exposées ni comment ces risques évolueront dans les prochaines décennies. Des outils existent pourtant : le Portail Climat de la Wallonie, développé par l’AWAC, met à disposition des cartes d’exposition aux risques climatiques et des projections régionales à différents horizons. Ces outils constituent une base précieuse, mais restent encore trop peu utilisés par les entreprises. Transformer ces données en informations opérationnelles constitue un enjeu central.

2️⃣ Une assurabilité de plus en plus fragile :

À mesure que les risques climatiques augmentent, l’assurabilité devient centrale. Les primes d’assurance augmentent et certaines activités peuvent devenir difficiles à couvrir. Or l’assurance joue un rôle clé dans l’économie : elle conditionne l’accès au crédit et la capacité d’investissement des entreprises. La réduction du “protection gap” assurantiel est donc un enjeu économique et financier.

Réduire l’exposition collective aux risques – par l’aménagement du territoire, la gestion de l’eau ou la protection des infrastructures – est donc aussi une condition pour maintenir un environnement économique stable.

3️⃣ Un manque de soutien à l’adaptation des entreprises :

De nombreux dispositifs publics soutiennent la transition énergétique. En revanche, les aides spécifiquement dédiées à l’adaptation climatique des entreprises restent encore limitées. Pourtant, certaines mesures relativement simples peuvent réduire fortement la vulnérabilité d’un site économique : améliorer la gestion des eaux pluviales, surélever certains équipements sensibles, adapter la conception des bâtiments ou renforcer la résilience des infrastructures. Reconnaître l’adaptation comme un investissement productif permettrait de mieux intégrer ces actions dans les dispositifs de soutien existants.

Des solutions concrètes déjà disponibles

L’adaptation au changement climatique n’est pas une terra incognita. De nombreuses solutions sont connues.

  • Les solutions fondées sur la nature peuvent contribuer à réduire les risques d’inondation et les effets d’îlots de chaleur : végétalisation des zones d’activité, restauration de zones humides, désimperméabilisation de certaines surfaces. Ces solutions constituent la première ligne de défense la plus efficace et la moins coûteuse face aux risques climatiques.
  • La conception résiliente des bâtiments et des infrastructures constitue un autre levier important. Intégrer la gestion de l’eau, utiliser des matériaux plus résistants à la chaleur ou prévoir des espaces verts dès la planification permet de limiter la vulnérabilité sans nécessairement entraîner des surcoûts importants.
  • Enfin, les outils numériques de diagnostic climatique se développent rapidement. Les projections climatiques disponibles permettent déjà d’anticiper les évolutions à 10, 20 ou 30 ans et d’intégrer ces paramètres dans les décisions d’investissement.

L’adaptation comme levier économique

L’adaptation au changement climatique est souvent perçue uniquement comme un coût. Elle représente aussi une opportunité économique. Gestion intelligente de l’eau, construction résiliente, infrastructures vertes, outils d’analyse des risques climatiques : ces secteurs sont en pleine croissance et peuvent générer de nouvelles activités pour les entreprises locales.

Anticiper plutôt que subir

La question n’est plus de savoir si les impacts climatiques vont affecter nos territoires, mais dans quelle mesure nous serons capables de les anticiper.

Pour Bruxelles et la Wallonie, cela suppose d’intégrer la résilience climatique dans les politiques économiques, les politiques d’aménagement du territoire et les dispositifs de soutien aux entreprises, en complément indispensable des politiques de réduction des émissions.

Adapter nos territoires aujourd’hui, c’est protéger l’activité économique, l’emploi et la stabilité de notre tissu entrepreneurial face aux chocs de demain.

Antoine BERTRAND

Antoine BERTRAND

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