Pénibilité : Arrêtons de se mentir !

Bruxelles oriente ses chercheurs d'emploi vers les métiers en pénurieL’UCM est favorable à une sécurité sociale forte, aussi pour la fin de carrière. La reconnaissance des fonctions pénibles ne fait PAS partie de notre catalogue de solutions !

Oui – convenons-en une fois pour toute ! – chacune de nos activités professionnelles comprend certains aspects de pénibilité.  C’est peut-être la définition-même du travail, bien que nous y trouvons chacun aussi pas mal de satisfaction et d’occasion de s’accomplir.  Et que chacun se réclame de la pénibilité de son métier pour anticiper les possibles difficultés de santé en fin de carrière, est bien légitime.

Le gouvernement propose de lister les fonctions pénibles, et celles qui ne le sont pas ; et d’octroyer sur cette base des  possibilités d’anticiper sa pension de quelques mois ou bien d’obtenir un bonus financier.  Le conseil d’administration de l’UCM s’est prononcé à 100 % en défaveur d’un tel système de pénibilité.

Un tel système de pénibilité est contre-productif, voire toxique :

  • Il fait l’apologie de la pénibilité.
  • Il oppose les citoyens entre ceux qui sont reconnus et ceux pour qui l’État, le gouvernement, les partenaires sociaux, ne reconnaissent aucune pénibilité.
  • Il oppose les travailleurs entre eux au sein de l’entreprise, freine la polyvalence voire l’esprit d’équipe.
  • Par définition imparfait, un tel système restera discriminant !

Mettre en œuvre un système de classification des tâches et donc des travailleurs est aussi spécialement un péril énorme pour les TPE et les PME : administrativement, budgétairement et « organisationnellement ».  Un péril majeur aussi pour l’emploi.

Pour des corrections positives et équilibrées, pour TOUS

L’UCM demande que des pistes alternatives soient rapidement étudiées.  Les budgets dégagés par le gouvernement pour la « pénibilité » doivent être investis dans des pistes réalistes et davantage maîtrisables :

  • Donner des possibilités de départ à la pension plus tôt qu’à 65 ans à ceux qui ont une carrière professionnelle effective longue, par exemple dès  40 années de carrière travaillées. Cela concerne beaucoup de métiers manuels physiquement plus lourds, aussi chez les indépendants.
  • Mettre en œuvre une latitude pour chaque travailleur d’anticiper d’un an son départ à la pension, moyennant des corrections financières dites « actuarielles » ( = choisir de prendre sa pension plus tôt,  et donc a priori pour une durée plus longue, mais avec un montant corrigé à la baisse).  Une nouvelle liberté octroyée à chacun, dans un cadre responsabilisant.
  • Mettre en œuvre des possibilités de départ partiel à la pension, sous certaines conditions. Cette possibilité doit intégrer un cadre cohérent avec certaines mesures de fin de carrière existantes (crédit-temps spécifique, prépension, CCT 104, …).

Ces pistes sont simples, et le seront encore davantage dans un système à points. Elles sont porteuses de sens auprès de ceux qui – n’ayant pas d’autre façon de faire le pont jusqu’à l’âge normal de retraite – doivent disposer de ces fenêtres de liberté !

Et les enseignant(e)s ? Et les infirmier(ière)s ?  Et ceux qui s’engagent dans la police ?  Oui, il s’agit de métiers à valoriser.  Inutile de justifier d’un caractère « plaisant » ou au contraire pénible, ce sont des métiers pour lesquels l’État et la société ne peuvent supporter une pénurie. Mais peut-on dire que la société pourrait se passer des entrepreneurs ?!

 

About Renaud FRANCART

Actif dans la sécurité sociale des travailleurs indépendants, mon expertise porte notamment sur les obligations sociales des indépendants, sur les pensions (réformes et prometteur système à points), l'assurance maladie-invalidité, les allocations familiales, ou encore les assurances complémentaires.

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