Les femmes n’ont jamais été aussi nombreuses à entreprendre. Pourtant, les entreprises qu’elles dirigent buttent sur des obstacles qui limitent leur croissance. Au-delà de la question de l’égalité, c’est un véritable enjeu économique : lorsque les entrepreneuses ne peuvent développer pleinement leur activité, c’est l’ensemble de notre économie qui se prive d’un important levier de création de valeur et d’emplois.
Pendant longtemps, l’entrepreneuriat féminin a été abordé sous l’angle de l’égalité des chances. Comment encourager davantage de femmes à se lancer ? Comment lever les freins à la création d’entreprise ? Comment susciter davantage de vocations ?
Ces questions restent importantes. Mais réduire aujourd’hui l’entrepreneuriat féminin à cette seule dimension serait une erreur. Car derrière chaque entrepreneuse qui crée, développe ou fait grandir son entreprise, il y a bien davantage qu’un parcours individuel. Il y a de l’activité économique, de l’emploi, de l’innovation et de la création de valeur. L’entrepreneuriat féminin n’est pas uniquement une question d’égalité. C’est un enjeu économique majeur.
Les femmes entreprennent, mais elles restent minoritaires
Les progrès réalisés ces dernières décennies sont indéniables. Aujourd’hui, les femmes représentent plus d’un tiers des travailleurs indépendants à titre principal en Belgique. Elles sont présentes dans tous les secteurs de l’économie, créent des entreprises, développent des activités pérennes et participent pleinement au dynamisme économique de nos régions. Cette évolution démontre que les politiques et les initiatives mises en place pour encourager l’entrepreneuriat féminin ont porté leurs fruits.
Pour autant, la parité est encore loin d’être atteinte. Et surtout, derrière les progrès observés dans l’accès à l’entrepreneuriat, d’autres écarts persistent lorsqu’il s’agit de développer et de faire croître une activité.

Le défi n’est plus la création, mais la croissance
Pendant des années, l’objectif principal a consisté à encourager davantage de femmes à entreprendre.
Aujourd’hui, le véritable défi se situe ailleurs. Le problème n’est plus de convaincre les femmes d’entreprendre. Elles entreprennent déjà. Le problème est de s’assurer qu’elles disposent des mêmes opportunités pour développer leur activité, recruter, investir, conquérir de nouveaux marchés et créer davantage de valeur. Autrement dit, le plafond de verre ne se situe plus à l’entrée de l’entrepreneuriat. Il se situe désormais dans la capacité à changer d’échelle.
Les entrepreneuses continuent d’évoluer dans un environnement où certaines contraintes pèsent davantage sur leur développement d’activité, notamment en matière de disponibilité, de charge mentale ou d’accès à certains réseaux stratégiques. Ces réalités influencent encore les trajectoires entrepreneuriales et peuvent freiner certaines ambitions de croissance. Pourtant, les entrepreneuses démontrent chaque jour leur capacité à innover, à créer de la valeur et à développer des entreprises solides et résilientes.

Un potentiel économique encore largement inexploité ou un manque a gagner pour l’économie
L’enjeu dépasse largement la situation individuelle des entrepreneuses concernées.
Lorsqu’une entrepreneuse renonce à engager du personnel, reporte un investissement ou limite le développement de son activité faute de temps, de ressources ou d’opportunités, c’est bien plus qu’une entreprise qui est impactée.
C’est un emploi qui ne sera pas créé. C’est un marché qui ne sera pas conquis. C’est une innovation qui ne verra peut-être jamais le jour.
Selon la Commission européenne, près de 73 % des « entrepreneurs manquants » en Europe sont des femmes. Ce chiffre illustre à lui seul l’ampleur du potentiel économique encore inexploité. Le constat est d’autant plus interpellant lorsque l’on observe l’accès au financement. En Belgique, seulement 1,1 % du capital-risque est investi dans des entreprises dirigées exclusivement par des femmes. Non pas parce que les projets manquent, mais parce que des déséquilibres persistent encore dans l’accès aux ressources qui permettent d’accélérer une croissance.
Dans un contexte où la compétitivité, l’innovation et la création d’emplois constituent des priorités majeures, pouvons-nous réellement nous permettre de laisser un tel potentiel en marge ? La question n’est plus de savoir si les femmes sont capables d’entreprendre. Elles le démontrent quotidiennement. La véritable question est de savoir comment leur permettre de développer pleinement leur potentiel entrepreneurial.
Des solutions
Cela passe notamment par un accès renforcé aux réseaux professionnels, à l’accompagnement, à la visibilité, aux financements et aux opportunités de développement. Il s’agit également de continuer à identifier et à lever les obstacles qui limitent encore la croissance de certaines entreprises dirigées par des femmes.
Pendant longtemps, les politiques publiques ont cherché à encourager davantage de femmes à créer leur entreprise. Cet objectif reste pertinent.
Mais il doit désormais être complété par une ambition tout aussi importante : permettre aux entreprises dirigées par des femmes de grandir.
Depuis plus de vingt ans, le Réseau Diane, le réseau d’affaires féminin d’UCM, soutient les femmes entrepreneuses dans le développement et la croissance de leur activité. À travers son accompagnement collectif, ses activités de réseautage et ses prises de position, il observe de près les réalités du terrain.
Fort d’une communauté de près de 4.000 femmes actives en Wallonie et à Bruxelles, le Réseau Diane est un observateur privilégié des défis, des opportunités et des freins qui jalonnent les parcours entrepreneuriaux féminins. Cette proximité avec le terrain lui permet d’objectiver les enjeux grâce à son Baromètre annuel de l’entrepreneuriat féminin et de porter la voix des femmes qui entreprennent auprès des décideurs politiques.
Auteur : Sophie LEGRAND
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